François, Mick, Annie et Claude… Souvenez-vous, ils avaient bercé notre enfance au rythme de leurs péripéties et pour nombre d’entre nous, le Club des Cinq reste LA référence en matière de roman d’aventures pour enfants.

Quelle pépite que le style de cette chère Enid Blyton : dialogues enlevés, descriptions savoureuses sans être trop ardues… Son style entraînait les enfants avec elle dans son imagination fertile sans qu’ils ne soient rebutés par un texte trop difficile à lire.

Car figurez-vous que Blyton avait été décriée par ses contemporains et l’intelligentsia lui reprochait d’offrir à ses lecteurs des romans bâclés à l’écriture simplissime !

Que diraient-ils en voyant les éditions actuelles…

En effet, des esprits brillants ont décrété que nos enfants seraient privés de ces merveilles. Adieu, excellente série, bonjour, soupe infâme réécrite au présent et simplifiée à l’extrême.

Certains passages ont même été entièrement modifiés pour mieux coller à l’air du temps – plus de sortie de messe mais un passage au marché, plus de carriole mais une voiture (psitt, d’ailleurs, Hachette, il serait peut-être bon de changer la poupée de cire de Sophie, dans la Comtesse de Ségur, par une poupée LOL – les petites filles modèles actuelles risqueraient d’être perturbées sinon…) – bref, de la soupe vous dis-je.

Je vais vous épargner et ne pas relancer le débat : tout a été dit, tout a été écrit au sujet de cette nouvelle pitoyable édition. 

Mais quelle ne fut ma surprise – et ma joie – d’apprendre cet été par quelqu’un de chez Hachette que la série allait être rééditée dans la Bibliothèque Verte !

Édition destinée à des lecteurs plus âgés, on pouvait espérer un retour du passé et de descriptions plus fournies. Bref, donner l’envie aux enfants de lire du beau et les tirer vers le haut.

Vous me voyez venir, avec mes gros sabots… Nouvelle édition mais texte toujours aussi indigeste.

Et pourtant, de l’autre côté de la Manche, Hachette UK a accepté de faire marche arrière en 2016 et est revenu à la version originale et intégrale suite au tollé provoqué par les adaptations du texte.

En 2012, juste après avoir acheté les droits à la société Chorion, l’éditeur avait en effet immédiatement procédé aux adaptations. L’éditrice Anne McNeil a cependant reconnu leur erreur : “Essentially we were looking at dialogue and making sure it worked for a contemporary audience. It was a very subtle change and thoroughly researched but proved very unpopular. We thought it was a necessary step but it wasn’t. So we are reverting to the extant classic text.”

Faut-il donc prendre notre mal en patience et attendre que Hachette France fasse de même ? Ou est-ce que les petits lecteurs de l’hexagone seront défavorisés par rapport à leurs contemporains anglophones et devront se contenter d’une version appauvrie le temps de maîtriser suffisamment l’anglais pour lire Blyton dans le texte ?

Rendez nous notre cher Club des Cinq !

Anne-Sophie