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« Paris, Ville lumière. Qu’un seul de ses lampadaires s’éteigne, et le monde entier se retrouve dans le noir. Nous étions quatre kamikazes ; notre mission consistait à transformer la fête au Stade de France en un deuil planétaire. Serrés dans la voiture qui nous transportait à vive allure sur l’autoroute, nous ne disions rien.« 

« Alors, il est comment le dernier Khadra ? »

Il est comment ? Il est, comme d’habitude, fort, puissant, magnifique, dérangeant. Il nous confronte, comme d’habitude, à nos convictions les plus profondes, à tout ce que nous pensons savoir et croire. Il nous permet, comme d’habitude, de voir la vie de façon un peu moins manichéenne, un peu plus subtile. « Il ne s’agit pas de comment ça finit, mais de comment ça commence. Il suffit de bien peu de chose pour que l’on dégringole dans l’estime de soi. Et alors, bonjour les dégâts. Tout part en vrille. Ça paraît dérisoire, pourtant ça te fout l’existence entière en l’air.« 

Sur la couverture, trois oiseaux tournoient. Trois oiseaux de proie, trois oiseaux de mort. Khalil en est un, oiseau de malheur, oiseau de mort. Avec trois comparses, il est de ceux qui vont aller se faire sauter dans Paris, un soir du mois de novembre 2015.

Comment en arrive-t-on là ? Comment passe-t-on de petite frappe de banlieue, de gosse glandeur et de lycéen en échec scolaire à terroriste en puissance ? Faut-il croire que « ce qui se passe est l’aboutissement logique d’un processus aussi vieux que l’instinct grégaire : l’exclusion exacerbe les susceptibilités, les susceptibilités provoquent la frustration, la frustration engendre la haine et la haine conduit à la violence » ?

Et les parents, la famille, les amis ? Ils savaient, forcément.

De sa plume, si fine, si douce et acérée, Yasmina Khadra nous offre à nouveau un grand roman, qui prend aux tripes et nous renvoie sans cesse à « L’attentat », un autre de ses romans. Mais dans « L’attentat », le kamikaze était loin. Loin des yeux, loin de l’esprit, loin du cœur.

Khalil, lui, a grandi à quelques kilomètres de nous, il a fréquenté la même école, a vu les mêmes émissions de télévision, a fréquenté les mêmes centres-villes. Comment, alors, comment en arrive-t-on là ?

« Ce sont les foucades du destin. Personne n’échappe au sien. »

Avec des mots justes, simples et forts, Yasmina Khadra nous ouvre les portes de l’esprit d’un pauvre gosse paumé et de la spirale infernale de l’embrigadement pour mieux comprendre, sans jamais pour autant cautionner l’impardonnable.

Bonne lecture !

Anne-Sophie

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