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Kessel« Himmler s’est suicidé près de Brême, en mai 1945, au cours de ce printemps où l’Europe ravagée, suppliciée,connut enfin la délivrance. Si l’on compte seulement les années, cette époque est encore proche de nous. Mais tant d’événements, depuis, se sont accumulés, si graves, qu’elle semble déjà très lointaine.« 

Voilà un livre, chères petites souris, qu’un grand nombre de personnes me recommandait de lire depuis un certain temps, Mari Chéri en tête. En repos forcé pour quelques jours, et profitant d’un temps absolument superbe, je me suis installée à la terrasse d’un café parisien et ai littéralement dévoré cet excellentissime roman en 2h30 !Kessel y raconte, de son écriture si incroyablement pure et ciselée, un épisode peu connu de la Seconde Guerre mondiale : la relation très particulière entre Himmler, chef de la Gestapo et intime parmi les intimes d’Hitler, et Felix Kersten, un médecin spécialisé dans les massages. Par le pouvoir de ses mains miraculeuses, Kersten va apaiser les souffrances d’Himmler et monnayer ses services, non en espèces sonnantes et trébuchantes mais en vies humaines : « or, il s’est trouvé un homme qui, durant les années maudites de 1940 à 1945, semaine par semaine, mois par mois, a su arracher des victimes au bourreau insensible et fanatique. Cet homme a obtenu de Himmler le tout-puissant, de Himmler l’impitoyable, que des populations entières échappent à l’épouvante de la déportation. Il a empêché que les fours crématoires reçoivent toute la ration de cadavres qui leur était promise. Et seul, désarmé, à demi captif, cet homme a forcé Himmler à ruser, à tricher avec Adolf Hitler, à duper son maître, à trahir son dieu.« 

Kersten n’était pourtant pas appelé à un tel destin : né en Estonie, de nationalité finlandaise et hollandais de coeur, son début de carrière florissant l’a vu parcourir l’Europe pour soigner les riches et les puissants. Enrobé, jovial, débonnaire, rien ne l’attirait moins que la politique, au point qu’il apprit que Hitler était devenu chancelier avec trois jours de retard. Mais sa renommée était telle qu’elle arriva aux oreilles de Himmler, celui dont le «  nom résumait toute la cruauté, la bassesse, l’horreur du régime. La population entière était imprégnée de dégoût, de terreur et de haine pour le grand chef de la police secrète, le souverain des camps de concentration, le maître des supplices.« 

Et pourtant, aussi étrange et improbable que cela puisse paraître, grâce au soulagement et à l’apaisement que Kersten va apporter à cet être abject, il va réussir, petit à petit à entrer dans les bonnes grâces de Himmler, devenir son confident au point d’apprendre plusieurs secrets d’Etat et, surtout, négocier la libération de centaines de captifs ou la commutation de leur peine de mort en emprisonnement. « Avec Himmler, il semblait à Kersten qu’il avait entre ses mains un enfant débile. Et cet homme, le plus puissant dans le IIIe Reich après Hitler et, plus encore que Hitler, redouté, cet homme dont la fonction même était de détenir les plus hauts et terribles secrets d’Etat, se montrait d’une indiscrétion incroyable.« 

Je ne puis que vous recommander – si vous ne l’avez déjà fait – la lecture de ce petit bijou, tant pour son côté historique absolument passionnant que pour le magnifique style de Kessel, qui porte le lecteur de la première page à la dernière.

Quel bonheur d’avoir découvert cette pépite, qui figurera dorénavant au Panthéon de ma bibliothèque idéale !

Bonne lecture !

Anne Souris

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