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Levy« Je pensais que j’étais allée en Afrique. Je l’ai raconté à toute la classe. Early Bird, notre institutrice, m’a mise debout devant le drapeau britannique – elle n’aurait laissé personne l’appeler communément l’Union Jack : « c’est le drapeau de l’empire, pas un jouet ». Et je me tenais là, fière comme un paon, et j’ai dit : « je suis allée en Afrique quand elle est venue à Wembley ». C’est alors qu’Early Bird m’apprit que l’Afrique était un pays. « D’habitude tu n’es pas idiote, Queenie Buxton, a-t-elle poursuivi. Tu n’es pas allée en Afrique, mais simplement à l’Exposition de l’Empire britannique, comme des milliers d’autres personnes. » « 

Voici, chères petites souris, un livre que j’ai lu il y a quelques temps et dont j’ai beaucoup de mal à savoir si je l’ai aimé ou détesté.
Il y est question de guerre, de colonies, de soldats partant à des milliers de kilomètres de chez eux pour aller protéger un empire qu’ils considèrent réellement comme le leur. Un pays qui les renvoie cependant à leur visage, à leur couleur de peau lorsqu’ils se promènent dans les rues de Londres, lorsqu’ils cherchent un logement ou du travail.

C’est un roman sur le patriotisme, un roman raconté à plusieurs voix, celles d’Hortense et de Queenie, de Gilbert et Bernard. La jamaïcaine et l’anglaise, la fille de boucher et l’institutrice, le jamaïcain et l’anglais, le chauffeur et le petit employé, qui devront cependant se battre pour le même pays, tous perdus, à leur manière, dans Londres, faisant face chacun comme ils peuvent, dans les tourments de la Seconde guerre mondiale et des années qui suivent..

C’est aussi un roman sur le racisme, le racisme ordinaire, celui du quotidien, qui fait se refermer les portes avant même que le visiteur ait pu prononcer un mot. Ce mépris envers des garçons qui donneront pourtant leur vie pour ce pays si lointain et si froid, cette mère Angleterre qui, croyaient-ils, pouvait les aimer.

C’est enfin un roman d’amour, amour contrarié, amour blessé, amour fou, malgré la société et les conventions, amour de deux femmes pour le même homme.

Andrea Levy nous offre là un roman dur, sans concessions, au style aussi violent que l’histoire qu’elle nous conte. C’est un livre choc, qui nécessiterait qu’on prenne le temps de l’assimiler mais qu’on ne peut lâcher, jusqu’au dénouement si cruel, si injuste.

Hortense et Queenie est un livre qui me marquera longtemps, qui m’a tenue en haleine et m’a beaucoup fait pleurer mais dont je ne pourrais affirmer, paradoxalement, du fait de son ton cru et tellement réaliste, que je l’ai aimé.

Et vous, l’avez-vous lu ?

Anne Souris

Nouvelle traduction d’après celle de Frédéric Faure.

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