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Bell« Les personnes qui ont été élevées au sein d’un ordre social raffiné connaissent peu de moments de joie aussi intense que ceux qui précèdent un voyage dans un pays lointain. Les grilles de leur jardin clos s’ouvrent soudain toutes grandes, la chaîne protégeant l’entrée du sanctuaire est abaissée : avec un regard circonspect de part et d’autre, on s’élance, et, ô merveille, voici l’univers infini !« 

Voilà, chers rongeurs de bibliothèque, un livre absolument passionnant, une épopée digne des plus grands romans d’aventure, l’autobiographie de Gertrude Bell.

Oui, je vous entends déjà, Gertrude Qui ? Si le nom de ce pendant féminin à Lawrence d’Arabie (qu’elle appelait « mon petit », soit dit en passant) ne vous dit rien, c’est parce que plusieurs décennies de bien-pensance anticolonialiste ont relégué aux oubliettes de l’Histoire celle qui aura été la « reine sans couronne » d’Irak, celle « dont la mémoire sera toujours tenue en affection par les Arabes » ainsi qu’il était écrit sur un buste la représentant dans le Musée national d’Irak à Bagdad.

En 1905, il n’est pas fréquent pour une jeune femme de la haute société d’arpenter l’Orient du Nord au Sud et d’Est en Ouest. C’est pourtant ce que n’hésitera pas à faire Gertrude Bell, seule femme dans un monde d’hommes, archéologue passionnée, exploratrice et alpiniste enthousiaste, conseillère politique de premier plan et fondatrice du Musée national d’Irak ainsi que de l’école d’archéologie irakienne.Résultat de recherche d'images pour

Dans ce carnet de voyage, elle nous livre ses impressions, nous conte ses rencontres avec un humour pince-sans-rire tout britannique, et nous fait part de ses réflexions sur la situation politique des régions qu’elle traverse tout en décrivant les us et coutumes des tribus rencontrées sur sa route.

Je ne connaissais pour ma part absolument pas Gertrude Bell avant de lire ce livre et ai été impressionnée par son courage et son indépendance.

Voici ci-dessous un extrait du journal suisse Le Temps, qui vous en apprendra plus sur cette femme extraordinaire, ainsi que la bande-annonce d’un reportage qu’Arte lui avait consacré.

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« Longtemps oubliée par la mauvaise conscience coloniale, la Britannique retrouve sa place parmi les grandes exploratrices du XXe siècle. Son rôle dans la fondation de l’Irak fait d’elle une des plus importantes femmes d’influence de son temps.

Dans l’immensité du rouge désert du Néfoud, battu par les vents sableux et les orages, les Bédouins d’il y a cent ans croisaient parfois une étonnante silhouette, yeux verts, nez fin et pointu, peau blanche durement éprouvée, qui s’avançait sans crainte et parlait leur langue. Cette apparition peu commune, ils l’appelaient la «Khatun» (noble dame), et elle bénéficiait de toutes les marques de l’hospitalité locale.

Résultat de recherche d'images pour Dans son pays, l’Angleterre, la Khatun s’appelait Gertrude Bell : pur produit de la haute société victorienne, à la fois classe et extravagante, elle a cassé tous les plafonds de verre qui s’imposaient aux femmes et mené exactement la vie qu’elle voulait : photographe, écrivain, voyageuse, archéologue, alpiniste, agent secret, diplomate et, last but not least, architecte en chef d’un nouvel Etat-nation, l’Irak. […]

1915 : alors que T. E. Lawrence encadrait les insurgés arabes contre les Ottomans, Gertrude Bell, de son côté, a déjà traversé le désert syrien de long en large, découvert des sites tels que le palais abbasside d’Al-Ukhaidir (actuel Irak), et a poussé sa caravane jusqu’à la légendaire forteresse des Rashid à Ha’yl en actuelle Arabie saoudite, où aucun Occidental n’avait jamais mis les pieds. Si Miss Bell voyage le plus souvent confortablement – baignoire portative en toile, nécessaire de toilette et de coiffure occupant plusieurs malles, tentes multiples, table et couverts, etc. –, elle sait aussi faire preuve, lors des coups durs inévitables en voyage, d’un stoïcisme qui ébahit son équipage : faire douze heures de chameau sans s’arrêter ou boire de l’eau croupie n’effraient pas cette aventurière qui a délaissé les pavillons de brique pour l’immensité du ciel d’Orient.Résultat de recherche d'images pour

Dilettante, Gertrude Bell ? Certes touche-à-tout, mais avec un côté perfectionniste. Son milieu d’origine – une famille de riches industriels – la met toute sa vie à l’abri du besoin. Sa vie aurait pu se limiter, comme tant d’autres femmes de son temps, à la famille et aux réceptions. Or la jeune Gertrude est avide de connaître : la voilà reçue à Oxford et bientôt l’une des premières femmes diplômées de ce bastion masculin. N’en déduisons pas que Gertrude Bell était féministe, car au contraire elle avait un certain mépris pour ses contemporaines et fut même présidente d’honneur du comité anti-suffragettes.

Femme de haute trempe qui sait se faire reconnaître dans un monde d’hommes, telle est Gertrude Lowthian Bell, dont les connaissances géographiques, politiques, anthropologiques de l’Orient compliqué la rendent bientôt incontournable lors de la Première Guerre mondiale. En 1915, donc, Gertrude est engagée au bureau arabe du Caire, l’agence britannique de renseignement sur le Moyen-Orient, comme officier de liaison. Deux ans plus tard, elle suit les troupes anglo-indiennes qui remontent la Mésopotamie jusqu’à Bagdad en chassant l’armée turque. C’est là que ses connaissances des routes et des tribus bédouines s’avèrent précieuses. Nommée «secrétaire orientale», poste diplomatique important, «Major Miss Bell» est chargée de dessiner les contours d’un futur Etat irakien sous mandat britannique. C’est elle qui convainc à la fois Churchill et les chefs régionaux de mettre Fayçal, leader des révoltes arabes, à la tête de l’Irak. »

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https://www.letemps.ch/culture/2016/01/15/gertrude-bell-meilleure-ennemie-arabes

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