Étiquettes

, , ,

Afficher l'image d'origineBonjour chères petites souris !

Laissez-moi tout d’abord vous souhaiter une EXCELLENTE année 2017 puisque je le peux encore pendant quelques heures ! Qu’elle vous procure, à vous et vos proches, énormément de joie et de réussites. Qu’elle soit aussi une année riche en lectures qui vous transporteront d’est en ouest, vous plongeront dans les mondes les plus fantastiques qui soient et qui vous feront passer d’une seconde à l’autre du rire aux larmes !

Je suis absolument confuse d’avoir laissé passer deux mois sans rien publier, alors que j’aurais tant de lectures à partager avec vous… J’ai vraiment honte de délaisser ainsi ce blog ! Mais l’équation « travail à plein temps + 4 enfants de moins de 10 ans » est très clairement égale à « pas beaucoup de temps libre pour venir ici » !! Ma résolution pour 2017 sera donc de reprendre le fil de ma bibliothèque idéale avec un peu plus de régularité, quitte à abandonner mes enfants au fond d’une forêt pleine d’ogres et de sorcières en les ayant toutefois pourvus auparavant de quelques petits cailloux blancs…

Mais revenons-en à ce livre lu il y a maintenant plusieurs semaines mais qui m’a tellement marquée qu’il me hante encore.

« J’aime la langue arabe. Je ne comprends pas ce que les femmes marocaines disent en bas dans la rue, pas plus que je ne comprenais le langage des oiseaux quand petite fille mon père m’obligeait à le suivre à la chasse ; pourtant leurs chants me rassuraient. Un jour, ne sachant pas comment expliquer ce phénomène à mon père, je finis par lui dire que les oiseaux me parlaient. Il me répondit que j’avais trop d’imagination, comme toutes les filles, et que l’imagination était une forme de mensonge. »

J’ai été profondément marquée par ce livre très dur, que j’ai lu d’une traite en une soirée mi-décembre, ne réussissant pas à le lâcher jusqu’au dernier mot de la dernière page et que j’ai beaucoup de mal à digérer.

« Je vous écris dans le noir » est un roman, puissant et magnifique, de Jean-Luc Seigle, qui réussit le double exploit de sonder au plus profond l’âme d’une femme meurtrière et de nous livrer son récit sous forme d’un journal qu’elle écrit à l’homme qu’elle aime.

Pour l’héroïne, Pauline Dubuisson, il y a un avant et un après.

La bascule pourrait se faire en 1962, lorsqu’elle décide de partir pour le Maroc, de quitter la France, de se reconstruire une nouvelle vie de l’autre côté de la Méditerranée, de se marier, peut-être, et d »oublier à jamais son passé, tout juste remis sous le feu des projecteurs par la sortie du film de Clouzot, « La Vérité ».

En 1960 ? C’est déjà trop tard pour Pauline, qui vient de purger sept ans de prison… Ne faut-il pas plutôt remonter en 1953, lorsqu’elle est condamnée à la prison à perpétuité pour le meurtre de son amant ? Un procès qui fait la Une des journaux, une toute jeune femme livrée à la vindicte populaire, les surnoms d’infâme et orgueilleuse sanguinaire, de Messaline des hôpitaux, qui lui collent à la peau… « C’est pourtant ce qu’ils pensaient tous, que j’étais une petite salope, une sale traînée, une chienne en chaleur. Je l’entendais dans la façon dont ils s’adressaient à moi : vous, folle d’amour ; vous, folle de votre image ; vous, folle de votre corps ; vous, folle de vos vices ; vous, folle de jalousie.« 

1953… Fixer à cette date le début de la fin, c’est occulter le terrible épisode de la Libération. Oublier la tonte publique, le viol collectif et la condamnation à mort par de si braves et si honnêtes gens qui ne voyaient en Pauline que la maîtresse du médecin-chef  de l’hôpital allemand de Dunkerque.

Collabo. Quel mot terrible pour une réalité qui ne l’est pas moins. Pourquoi se donner ainsi à l’ennemi ? Qui l’a incitée à agir ainsi, quel traumatisme familial l’a poussée à offrir son corps à cet officier ? N’était-ce que la suite logique d’une adolescence pendant laquelle tant d’autres avaient profité de ses charmes, dans toute la ville ?

Je vous écris dans le noir est le récit de la descente aux enfers d’une jeune fille de bonne famille, le récit d’une vie détruite par une succession d’événements tragiques dont un seul aurait suffit à abattre le plus endurci des hommes.

Je vous écris dans le noir, c’est la noirceur du crime commis, la noirceur des relations humaines lorsqu’elles sont viciées par les préjugés, la noirceur de la condamnation sociale qui décide unilatéralement que toute rédemption est impossible.

C’est une noirceur qui imprègne le lecteur, mot après mot, phrase après phrase, une noirceur qui glace le sang lorsqu’on comprend petit à petit que l’absolution ne viendra pas et que même sous le soleil éclatant du Maroc, Pauline devra accepter de vivre dans la noirceur la plus absolue ou de s’en libérer, définitivement.

« Je vous écris dans le noir. De l’obscurité dans laquelle mon crime m’avait jetée, bien sûr, mais aussi de celle qui terrorise les enfants, remplie de monstres et de fantômes. C’était la lettre d’une enfant qui demande pardon pour ses bêtises et pour le mal qu’elle a fait sans le vouloir. Je me demande si l’on écrit autrement que dans le noir, dans cette opacité qui ne révèle ce qu’elle cache qu’au fur et à mesure de l’écriture, comme l’oeil finit par s’habituer à l’obscurité et à redessiner les contours des obstacles qui pourraient nous faire trébucher.« 

A lire. Absolument.

Mais pour une fois je ne peux pas vous souhaiter « bonne lecture ».

Anne Souris

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Publicités