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bourdeaut« Mon père m’avait dit qu’avant ma naissance, son métier c’était de chasser les mouches avec un harpon. Il m’avait montré le harpon et une mouche écrasée. – J’ai arrêté car c’était très difficile et très mal payé, m’avait-il affirmé en rangeant son ancien matériel de travail dans un coffret laqué. Maintenant j’ouvre des garages, il faut beaucoup travailler mais c’est très bien payé. »

Comment, mais comment vous parler de cette petite pépite littéraire, de ce merveilleux roman qui me hante encore plusieurs jours après l’avoir terminé ?

En attendant Bojangles, c’est un roman qui traite de la folie, la vraie, celle qui pousse à commettre les pires absurdités, rend la vie complètement loufoque, fait exploser en vol tous les codes sociaux et tous les critères moraux. C’est un roman sur la folie d’une femme, d’une mère, qui adopte des oiseaux exotiques et part faire ses courses dans Paris nue comme Eve. « D’elle, mon père disait qu’elle tutoyait les étoiles, ce qui me semblait étrange car elle vouvoyait tout le monde, y compris moi. »

C’est un roman qui raconte l’amour fou d’un homme pour son épouse, un amour qui le pousse à enchanter le quotidien pour qu’elle ne se rende pas compte de son état, un amour qui se nourrit de déraison et de musique, qui rend la vie intenable lorsque l’être aimé disparaît. « Son comportement extravagant avait rempli toute ma vie, il était venu se nicher dans chaque recoin, il occupait tout le cadran de l’horloge, y dévorant chaque instant. Cette folie, je l’avais accueillie les bras ouverts, puis je les avais refermés pour la serrer fort et m’en imprégner, mais je craignais qu’une telle folie ne soit pas éternelle. Pour elle, le réel n’existait pas. [] Elle avait réussi à donner un sens à ma vie en la transformant en un bordel perpétuel. Sa trajectoire était claire, elle avait mille directions, des millions d’horizons, mon rôle consistait à faire suivre l’intendance, à lui donner les moyens de vivre ses démences et de ne se préoccuper de rien. »

C’est un roman que nous conte un petit garçon qui grandit entre ces deux parents, fous chacun à leur façon, qui l’éduquent dans l’absurdité la plus totale et la joie la plus absolue. C’est l’histoire d’un petit garçon qui va nous livrer son histoire, « l‘histoire d’un enfant charmant et intelligent qui faisait la fierté de ses parents. L’histoire d’une famille qui, comme toutes les familles, avait ses problèmes, ses joies, ses peines mais qui s’aimait beaucoup quand même. D’un père formidable et généreux, avec des yeux bleus, roulants et curieux, qui avait tout fait dans la joie et la bonne humeur pour que leur vie se passe au mieux. Mais malheureusement, au beau milieu de ce doux roman, une folle maladie s’était présentée pour tourmenter et détruire cette vie. »

C’est un roman qui m’a fait sourire, rire, rêver. C’est un roman qui m’a fait pleurer comme je n’avais pas pleuré depuis longtemps sur un livre. C’est un roman que j’ai rouvert à la minute où j’ai tourné la dernière page, parce que c’était trop dur de les laisser, trop triste de quitter cette femme aux multiples prénoms, cet homme qui fait de la vie une fête pour qu’elle ne soit pas un drame, cet enfant qui ne sait pas comment font pour vivre les autres enfants, sans ses parents.

C’est un roman que je vais relire, car le simple fait de vous en parler m’a fait réaliser à quel point il m’avait manqué, depuis deux semaines.

Merci, monsieur Bourdeaut.

Bonne lecture !

Anne Souris

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