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Koehlmeier« Seuls trois de mes livres ont été relus par mon éditeur, le Dr Beer. Il a interrompu son travail sur le quatrième – il me l’annonçait dans une lettre manuscrite – pour « raisons de santé ». J’ai une meilleure explication. Il s’est senti honteux vis-à-vis de moi, à cause de ce qui s’est passé la dernière fois que nous avons travaillé ensemble, à cause de l’histoire du chien. Il est bien possible qu’il n’apprécie pas que je la raconte ici. Mais il n’a pas été seulement mon éditeur ; il a été mon professeur, et en tant que tel il a toujours affirmé qu’une oeuvre littéraire qui prenait des gants avec quoi que ce soit ou qui que ce soit n’avait aucune valeur. »

Je vais vous parler aujourd’hui, chères petites souris, d’un livre très court et très étrange que je viens tout juste de terminer. Il se pourrait d’ailleurs que je revienne compléter cet article par la suite, car je ne suis pas tout à fait sûre d’avoir vraiment digéré le message que nous livre ici Michael Köhlmeier. L’histoire semble pourtant très simple, et somme toute assez inintéressante et c’est d’ailleurs là toute la difficulté de cet article : je souhaiterais vraiment vous donner envie de lire ce livre dont il est si difficile de parler !!

Un auteur attend donc la visite de son éditeur, un homme assez distant et secret avec lequel il n’avait jusque-là qu’une simple relation professionnelle. Pour la première fois, cet homme va venir chez lui, découvrir son foyer et rencontrer son épouse. « Il me semblait toutefois encore plus improbable que cet homme cultivé pût soudainement s’immiscer autant dans ma vie, en l’espace des quelques minutes qu’avait duré cette seule conversation téléphonique, et que cela ne fût nullement le fruit du hasard, mais qu’il l’eût fait intentionnellement. »

Ces quelques jours passés en compagnie l’un de l’autre, à travailler sur son dernier manuscrit, vont pousser l’auteur à nous parler de lui, de sa maison et de la jungle que fait pousser son épouse Monika dans le salon mais aussi de la routine d’un couple qu’on croit enferré dans un quotidien terne et ennuyeux rythmé par des promenades solitaires ou à deux et des insomnies passées à boire du chocolat en jouant au Sudoku. Forcé à faire découvrir son monde au Dr Beer, le narrateur est poussé à poser dessus un regard neuf, à se voir en spectateur externe à sa propre vie. Et c’est uniquement par petites touches que l’on comprend progressivement le drame qui a eu lieu : la routine du couple prend alors un tout autre aspect et le lecteur comprend que c’est seulement ainsi que l’auteur et son épouse trouvent le réconfort et le courage nécessaires pour continuer à vivre.

La visite du Dr Beer va cependant chambouler l’ordre établi et au sein de ce trio va se jouer une catharsis étonnante, entre non-dits et silences, discussions nocturnes et dialogues imaginaires. Mais qu’en est-il du chien qui se noie me direz-vous ? Et bien, je crois que je vais vous laisser le découvrir…

Bonne lecture !

Anne Souris

Traduction : Stéphanie Lux

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