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Melle Prim« A Saint-Irénée d’Arnois, tout le monde commenta l’arrivée de Melle Prim. L’après-midi où ils la virent traverser le village, elle n’était qu’une postulante qui se rendait à un entretien, mais les habitants du lieu se connaissaient assez pour savoir qu’un emploi vacant, chez eux, était un bien éphémère. »

Bonjour !

A dire vrai, je ne sais trop par où commencer la critique de ce livre que j’ai pourtant dévoré en quelques heures, un roman surréaliste aussi délicieux qu’une gourmandise dégustée avec un thé chaud, dans une vieille maison de famille, un après-midi d’hiver, au coin du feu. Un  petit bijou littéraire enchanteur, de la première à la dernière ligne.

L’intrigue est pourtant plus que simple : une jeune femme, mademoiselle Prim, répond à une annonce étonnante – « Cherche esprit féminin détaché du monde. Capable d’exercer fonction de bibliothécaire pour un gentleman et ses livres. Pouvant cohabiter avec chiens et enfants. De préférence sans expérience professionnelle. Titulaires de diplômes d’enseignement supérieur s’abstenir » – et se retrouve embauchée comme bibliothécaire par un homme assez mystérieux, tuteur de quatre enfants débordants de vie et d’intelligence, rebaptisés par ses soins Septimus, Téséris, Deka et Eksi, dans un village reculé peuplé d’habitants ayant décidé de vivre leur vie selon les principes de courtoisie, délicatesse et bon voisinage. Et si l’éducation donnée aux quatre orphelins n’est pas tout à fait conforme à l’idée que se faisait mademoiselle Prim d’une éducation conventionnelle (« fées et princesses, dragons et chevaliers, rimes de Stevenson, gâteaux au pommes, voilà ce que, d’après elle, devait connaître un enfant de cet âge »), il faut reconnaître qu’elle s’approche pour moi de la perfection…

« Malgré le chaos que vous voyez dans ma bibliothèque (…) il n’y a pas une seule virgule improvisée dans l’éducation des enfants. Ni aucun des livres qui leur passent entre les mains qui ne soient auparavant passé entre les miennes. Ce n’est pas un hasard s’ils ont lu Carroll avant Dickens et celui-ci avant Homère. Il n’y a rien de fortuit dans le fait qu’ils aient appris à rimer avec Stevenson avant d’arriver à Tennyson, ni qu’ils soient arrivés à Tennyson avant d’en venir à Virgile. Ils ont connu Blanche-Neige, Pierrot le Lapin et les enfants perdus avant Oliver Twist, Gulliver et Robinson Crusoé, et ceux-ci avant Ulysse, don Quichotte, Faust ou le roi Lear. Et ils l’ont fait dans cet ordre parce que je l’ai voulu ainsi. Ils grandissent avec de bonnes lectures avant d’être capables d’assimiler ensuite de grandes lectures. »

La relation entre l’homme au fauteuil – qui ne sera jamais autrement nommé – et mademoiselle Prim est un délice de subtilité, d’humour et de romantisme discret fortement influencé par Jane Austen et les joutes oratoires entre ces deux êtres si différents sont aussi savoureuses que tous leurs non-dits. S’en tenir à là serait cependant simpliste, et Natalia Sanmartin Fenollera, si elle s’en était contentée, aurait au mieux produit un roman mièvre, dégoulinant de bons sentiments et de nostalgie sirupeuse. L’histoire va cependant plus loin, et explore par touches discrètes avec beaucoup d’humour et sans aucune prétention philosophique les raisons d’une vie intègre et heureuse. Et l’on suit tranquillement les pérégrinations sentimentales et intellectuelles de mademoiselle Prim dans cette communauté si particulière où domine le bien commun et où chacun contribue en fonction de ses talents propres au bien-être de son prochain.

Voilà une lecture qui devrait, tout simplement, vous rendre heureux, ce qui me semble un critère parfait pour choisir un livre, non ?!

« Elle aussi croyait à la valeur des petites choses. Le premier café du matin bu dans sa tasse de Limoges. La lumière du soleil qui filtrait à travers les persiennes de sa chambre et dessinait des ombres sur le sol. Les lectures d’été interrompues par la sieste. L’expression dans les yeux des enfants lorsqu’ils racontent quelque chose qu’ils viennent d’apprendre. Les petites choses construisaient les grandes, cela ne faisait aucun doute. »

Bonne lecture !

Anne Souris

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