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TremblayBonjour bonjour, chères petites souris si patientes !!

Après ce très long silence, me voici de retour pour vous parler d’un livre que j’avais lu aux dernières vacances et qui m’avait énormément marqué.

« Si Amed pleurait, Aziz pleurait aussi. Si Aziz riait, Amed riait aussi. Les gens disaient pour se moquer d’eux : ‘Plus tard ils vont se marier.’ Leur grand-mère s’appelait Shahina. Avec ses mauvais yeux, elle les confondait tout le temps. Elle les appelait ses deux gouttes d’eau dans le désert. Elle disait : ‘Cessez de vous tenir par la main, j’ai l’impression de voir double.’ Elle disait aussi : ‘Un jour, il n’y aura plus de gouttes, il y aura de l’eau, c’est tout.’ Elle aurait pu dire : ‘Un jour, il y aura du sang, c’est tout.' »

L’histoire d’Amed et Aziz, c’est l’histoire de deux enfants dans un pays en guerre. Un pays qui n’est jamais nommé mais dans lequel deux peuples se battent pour une même terre, un pays dans lequel des bombes peuvent tomber sur les maisons, tuant ainsi des êtres chers, un pays dans lequel des hommes peuvent arriver en jeep et demander le sacrifice d’un des garçons, parce qu’il connaît le chemin à travers la montagne, le chemin qui mène à l’ennemi, celui qu’il faudra emprunter pour apporter la mort et la destruction dans l’autre camp.

Mais l’histoire d’Amed et Aziz, c’est aussi l’histoire de l’amour et l’amitié entre deux frères, l’un condamné par la vie, l’autre par les hommes, l’histoire de l’insoutenable douleur de leur mère à la perspective de les perdre tous deux, l’histoire d’un père inflexible qui pense faire ainsi son devoir, et contenter son Dieu.

« Mais pourquoi faut-il vivre dans un pays où le temps ne peut pas faire son travail ? La peinture n’a pas le temps de s’écailler, les rideaux n’ont pas le temps de jaunir, les assiettes n’ont pas le temps de s’ébrécher. Les choses ne font jamais leur temps, les vivants sont toujours plus lents que les morts. Les hommes dans notre pays vieillissent plus vite que leur femme. Il se dessèchent comme des feuilles de tabac. C’est la haine qui tient leurs os en place. Sans la haine, ils s’écrouleraient dans la poussière pour ne plus se relever. Le vent les ferait disparaître dans une bourrasque. Il n’y aurait plus que le gémissement de leur femme dans la nuit. Ecoute-moi, j’ai deux fils. L’un est la main, l’autre, le poing. L’un prend, l’autre donne. Un jour, c’est l’un, un jour, c’est l’autre. Je T’en supplie, ne me prends pas les deux.« 

Ce roman fort m’a vraiment fait l’effet d’un coup de poing par la simplicité avec laquelle son auteur, québécois, déroule le fil de son histoire et le destin des deux frères sans jamais tomber dans la mièvrerie ou la compassion larmoyante. Il nous évite aussi tout jugement hâtif ou moralisateur. Tel un spectateur externe, il nous conte le récit d’une tragédie qui se joue à l’insu de ses protagonistes et dont la chute nous invite à remettre en perspective ce que nous pensions savoir de l’histoire d’Amed et d’Aziz.

Si vous aviez aimé L’Attentat, de Yasmina Khadra, vous devriez adorer L’orangeraie, et si vous ne l’avez pas lu, lisez les deux en parallèle !

Et n’hésitez pas à aller lire l’avis d’Anne sur L’Orangeraie !

Bonne lecture !

Anne Souris

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