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Choplin« La veille, après avoir quitté la gare, Basilio s’était aventuré au hasard, parmi les rues. Vers le soir, fatigué, il avait franchi les grilles du jardin du Luxembourg et s’était assis sur un banc, un peu à l’écart des allées. La nuit était tombée. Il avait fini par fermer les yeux, et sans doute avait-il dormi par instants, le coude posé sur sa valise, son carton à dessin sur les genoux. Plus tard, dans l’incertitude des heures, il avait guetté la venue du jour en frissonnant, les avant-bras ramenés contre le torse. Enfin, il y avait eu le chant des merles et des fauvettes juste avant le souffle balbutié de la lumière. C’était une drôle de journée qui commençait, se disait Basilio.« 

On ne pourrait mieux résumer ce livre qu’en citant ses premières phrases, chères petites souris… Tout y est : une très très jolie écriture – « l’incertitude des heures », « le souffle balbutié de la lumière », cela pourrait être un tableau impressionniste – un style étrange, ne marquant pas les dialogues mais les insérant au fil du texte, ce qui en rend la lecture un peu ardue, mais aussi et surtout une lenteur qui a provoqué chez moi un certain ennui.

Dieu sait pourtant que je me suis accrochée à ce livre dont l’histoire – celle d’un jeune peintre habitant Guernica, présent le jour du bombardement – m’avait interpelée. Et j’aurais préféré ne pas inaugurer cette nouvelle catégorie, « La liste de mes ennuis », avec ce roman-là en particulier : peut-être, sans doute même, n’est-ce pas un roman à lire entre deux métros ou deux disputes d’enfants. Il doit falloir se poser tranquillement, au calme, pour savourer la beauté des phrases et la musique du style de Choplin. Jugez-en plutôt : « Il apparaît que la vérité de ce qu’ils sont en train de vivre, lui et ceux de Guernica dont le coeur n’a pas cessé de battre, ne peut s’accommoder de découpages [Basilio est en train de prendre des photos après le bombardement]. C’est un tout dont on ne peut rien extraire sans risquer la supercherie. Ce qui se voit ne compte pas plus que ce qui reste invisible, que ce qui pourrait apparaître, ou qui se tient en attente derrière les angles des murs ; que ce qui va surgir, d’un instant à l’autre, du ventre des nuages.« 

Je n’ai malheureusement que rarement ce genre d’instant de calme et de silence propice à la lecture attentive d’un livre assez particulier. Et pourtant, en le feuilletant à nouveau pour vous citer les passages qui m’ont le plus marquée, je me rends compte que j’exagère en vous disant qu’il m’a ennuyé. C’est un livre que j’ai pris énormément de plaisir à lire, que je retrouvais avec émotion tous les matins en montant dans ma rame de métro, mais qui ne me manquait pourtant pas dans la journée. C’est une impression assez étrange et je ne suis pas tout à fait sûre de réussir à vous la faire comprendre…

Ce qui est certain, c’est que je n’ai pas du tout aimé le parti pris de l’auteur de ne pas marquer les dialogues : c’est un procédé que je trouve très fastidieux et qui oblige le lecteur à une attention soutenue permanente afin de ne pas laisser échapper le début d’un dialogue. Vous me direz que c’est tout de même le moins qu’un auteur puisse attendre de ses lecteurs, une attention soutenue. Certes. Je n’aime toutefois pas qu’on me dicte ma façon de lire un livre et j’aime pouvoir être distraite sans perdre pour autant le fil de ma lecture !

Le héron de Guernica est cependant, et malgré tout, un roman que je vous recommande si vous avez envie d’une expérience littéraire différente, sorte d’exercice de rentrée ardu avant de retrouver les cancres au fond de la classe…

Bonne lecture !

Anne Souris

Et je ne pouvais pas, décemment, vous quitter sans vous vous offrir le tableau à l’origine de tout…

Guernica

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