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Freudenberger« Amina n’avait pas entendu le facteur, mais elle décida d’aller voir. Au cas où. Si on l’apercevait, on saurait qu’il y avait désormais quelqu’un dans la journée quand George était au bureau. On la verrait courir en pantoufles sans manteau jusqu’à la boîte aux lettres et on en conclurait que c’était chez elle. Elle s’était installée là. La boîte aux lettres était neuve. Amina l’avait achetée sur Internet avec la carte de crédit de George et elle n’avait pas choisi la moins chère. George avait dit qu’il leur fallait quelque chose de solide et Amina avait mis son cerveau bangladais en veilleuse et commandé le modèle rustique très robuste en noir laqué à quatre-vingt dix dollars.« 

Bonjour bonjour ! Voilà une lecture qui m’a pris beaucoup de temps alors que je n’en avais pas tant que ça, et j’ai bien cru même la lâcher à un moment… Et cela aurait été une bêtise !

Il serait facile de vous présenter ce livre en quelques phrases expéditives : Amina, bangladaise de 24 ans, fait la connaissance de George, américain de 35 ans, sur un site de rencontres. Il habite aux Etats-Unis, ils s’envoient des mails pendant quelques temps, puis décident de se marier et Amina découvre la vie américaine.

Et pourtant, sous ces dehors de mélo un peu facile qui m’ont tant ennuyés au début de ma lecture, se cache une analyse extrêmement fine de la difficulté de l’intégration, de la construction du couple et de l’individu. Confrontée à une vie si différente de ce qu’elle a toujours connue, Amina va inconsciemment se forger une nouvelle personnalité, une Amina américaine qui lui servira de rempart contre les écueils qui ne manquent pas de jalonner sa route. La curiosité et les préjugés de la famille de George, les habitudes occidentales qu’elle juge absurdes (prendre un bain, comment même y songer alors qu’il s’agit pour elle de barboter dans de l’eau potable dans sa propre crasse ?!), le regard que les autres portent sur elle et, pire, qu’elle-même a aussi… Tout cela va contribuer à l’enfermer dans une bulle de verre depuis laquelle elle assistera à sa vie au lieu de s’y impliquer.

Mais l’histoire bascule, et le lecteur avec elle, le jour où Amina comprend que tout ce qu’elle avait cru depuis son arrivée aux Etats-Unis deux ans auparavant n’était qu’illusion. Et c’est à cet instant, au moment où elle est obligée de briser sa bulle et de faire face à la réalité, que le récit prend tout son sens et que le lecteur réalise qu’il a été mené par le bout du nez avec brio par Nell Freudenberger au coeur d’une sorte de voyage initiatique au terme duquel – après un retour aux sources bangladaises – Amina pourra enfin affronter réellement la vie qu’elle s’est choisie et l’accepter en toute connaissance de cause.

Dois-je encore préciser que c’est un livre à lire ?

Bonne journée !

Anne Souris

Traduction : Sabine Porte

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