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colwin« Guido Morris et Vincent Cardworthy étaient cousins au troisième degré. Personne ne se rappelait si un Morris avait épousé une Cardworthy ou si c’était l’inverse, et personne ne s’en souciait, sauf aux grandes réunions de famille où ce sujet était débattu par tous. Vincent et Guido étaient amis depuis qu’ils étaient bébés. On les avait promenés dans le même landau, et quand ils étaient petits, on les réunissait souvent, soit à la maison des Cardworthy à Petrie, dans le Connecticut, soit chez les Morris à Boston, pour jouer aux billes, grimper aux arbres et faire exploser de gros pétards dans des poubelles et des boîtes aux lettres. A l’adolescence, ils buvaient de la bière en cachette et s’entraînaient à fumer les cigares du père de Guido, ce qui ne les rendait pas malades mais heureux. A l’âge adulte, tous deux savaient apprécier un bon cigare. »

Bonsoir mes p’tites souris ! Voici un court roman dont j’ai découvert l’auteur récemment, mais dont je n’avais entendu que du bien : au final je n’ai pas été déçue ! C’est un roman sur le passage à l’âge adulte par la découverte du couple ou comment Vincent et Guido, par la rencontre avec les jeunes femmes qui deviendront leurs épouses, Misty et Holly – aussi différentes soient-elles – vont basculer dans le monde des « grands ».

L’arrière-plan est celui du New-York des années 1980, dans la riche bourgeoisie, ce qui est assez reposant : pas de questions existentielles sur les difficultés à trouver de l’argent ou un logement, pas de remises en question politiques, tous les personnages sont beaux, gentils et sympathiques. Cela dit, cela ne les empêche pas d’avoir vraiment du mal à s’adapter à l’autre. Comme le dit joliment Laurie Colwin, leurs coeurs étaient divisés « en quatre chambres, remplies d’amour, de crainte, de confusion et de certitude« . Et ce sont ces sentiments divers et contradictoires qui rendent la vie si difficile et provoquent les incompréhensions et les mésententes.

J’ai particulièrement aimé le fait que le roman se déroule d’une traite bien que les années passent : on quitte les personnages à une page, on les retrouve à l’autre et brusquement nous saute aux yeux le fait que plusieurs mois se sont écoulés. Tout cela crée une atmosphère très spéciale, comme si le lecteur était confronté aux souvenirs des personnages et que ces souvenirs s’enchaînaient sans logique particulière, au gré des événements marquants des quatre amis.

Car il faut tout de même que je vous précise, surtout pour les lecteurs masculins (et j’ai appris qu’il y en a quelques uns, dédicace spéciale à la gent masculine de ce blog…), qu’il ne s’agit en aucun cas d’un mièvre roman d’amour, mais plutôt d’une très belle histoire d’amitiés : comment vivre avec les époux de ses amis, avec les « pièces rapportées » ? Comment découvrir l’autre alors qu’il est déjà un adulte et que tous les souvenirs sont à construire ?

« Avec Holly, Misty était toujours restée sur une défensive élégante. Il était nécessaire qu’elles s’entendent bien, mais non qu’elles fussent amies.« 

Bref, voici un très bon petit roman qui me convenait parfaitement à ce stade de ma vie, avec ces changements qui nous font nous rendre compte que ça y’est, nous sommes entrés de plein pied dans l’âge adulte, et que c’est le début d’une « vie merveilleuse » !

Et pour terminer, voici des petits bijoux trouvés au fil de la lecture :

« Evidemment, Vincent trouvait normal qu’une fille aille dîner avec lui et qu’elle ait à côté un mari ou un amant. Mais cette conversation le remplit d’espoir. De toute évidence, il avait une chance, si elle pensait que dîner avec lui et avoir un amant à côté représentait un conflit d’intérêt. »

« L’éducation, disait-elle, était quelque chose qui enrichissait la vie, pas quelque chose dont on se servait.« 

 » – On peut passer quelques heures à papoter, ou peut-être que tu n’apprécies pas ? – Je n’appelle pas ça papoter, dit Misty. J’appelle ça « faire des spéculations émotionnelles ». »

« L’amitié est impossible entre deux femmes dont l’une est très bien habillée« .

Bonne soirée et bonne lecture !

Anne Souris

Traduction : Anne Berton

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