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Lamarche« Cette nuit, en rêve, je descendais un ravin au péril de ma vie et trouvais, au fond, une morte. Elle était couchée dans un linceul, sur un tapis de feuilles tombées. Je soulevais le drap blanc et découvrais son visage aux yeux clos. Les joues étaient roses, le teint magnifique, elle ne faisait pas son âge qui, j’en étais persuadée, était le mien – j’espère mourir avant de devenir vieille. Cette morte donc avait mon âge, de cela je suis certaine, pourtant elle ressemblait à celle que j’étais il y a plus de vingt ans, comme si j’avais été moi-même en sommeil depuis lors, comme si j’avais passé tout ce temps à mourir. Que s’est-il passé il y a vingt ans, je ne m’en souviens plus.« 

Bonjour, bonjour petites souris lectrices ! Et voilà le premier des livres de ma moisson d’hier. Dévoré en moins d’une heure hier soir en attendant le retour de Mari Chéri du boulot. Vraiment littéralement dévoré !

J’avais déjà été conquise au milieu de la librairie, où je l’avais commencé, agenouillée au pied des rayonnages, sous l’oeil narquois de la libraire qui voyait la pile des autres livres glisser doucement pour finalement atterrir à mes pieds pour que je puisse plus facilement tourner les pages de La mémoire de l’air. Le titre même m’avait intriguée, sa poésie que je retrouverai plus tard au cours de la lecture : « l’air a accueilli cette phrase. L’air en conserve la mémoire. La mémoire de l’air conserve tous nos gestes, tous nos mots et même les gestes et les mots auxquels nous finissons par renoncer« .

L’histoire, pleine de non-dits, est celle d’un couple dont on sait dès le début qu’il appartient déjà au passé. L’amour est mort, la rupture est consommée et le lecteur croit percevoir le mal-être et la raison de cette séparation. Et doucement, mots après mots et rêves après rêves, la narratrice nous conte son histoire, ses phobies, son quotidien sans que l’on comprenne, jusqu’aux toutes dernières pages, si la douleur qui sous-tend le récit est due à son ancien compagnon ou à un traumatisme plus ancien.

Voilà un très joli petit texte sur la souffrance et la difficulté de la reconstruction psychique et physique, un texte qui ne tombe jamais dans le malsain ou le voyeurisme mais qui aborde avec beaucoup de finesse, de justesse et de douceur la souffrance absolue et pourtant refoulée de cette femme.

« On dit que le corps soumis à une très grande douleur produit sa propre morphine, l’esprit aussi je crois.« 

Bonne journée !

Anne Souris

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