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PetitfilsBonjour, bonjour, chers lecteurs !

Me voilà de retour, après une période très très chargée ! Merci pour votre fidélité et votre patience. Il y a plusieurs livres dont je vous parlerai, en particulier des idées de cadeaux pour les enfants.

Mais aujourd’hui, voici un roman qui m’a emballé (et pas uniquement parce que je suis une inconditionnelle de Jean-Christian Petitfils, comme vous vous en souvenez sans doute) et que j’ai dévoré en une soirée malgré la fatigue !

« Par deux fois les sirènes emplissent l’air de leurs sons plaintifs et déchirants. C’est le départ ! Crachées des deux hautes cheminées blanche et noire, des volutes de fumée peinent à s’échapper, puis s’étoffent avant de rejoindre l’encre du ciel. Des lumières blafardes éclairent le pont, où des boys à la manoeuvre courent en hurlant des ordres inintelligibles. Tirant et déroulant les cordages goudronnés, ils larguent les amarres. Dans le ronflement sourd des hélices, le steamer de la London, Brighton and South Coast Railway s’éloigne lentement du quai.« 

Il emporte à son bord le jeune Henri Fournier, qui part quelques mois à Londres pour améliorer son anglais. C’est ainsi que nous faisons connaissance avec ce jeune homme délicat, rêveur, perfectionniste, futur père du Grand Meaulnes. Avez-vous, vous aussi, rêvé avec ce roman ? Etes-vous restés éveillés la nuit, penchés sur ces lignes oniriques, à la simple lueur d’une lampe de chevet, découvrant avec merveille les noces du beau Frantz de Galais et espérant que Meaulnes retrouvera le château mystérieux et la si belle Yvonne de Galais ? Le Grand Meaulnes est le roman de l’adolescence par excellence à mes yeux : tous les enfants devraient le lire au moment du passage à l’âge adulte, afin de découvrir la pureté et la beauté d’un amour absolu et d’une amitié constante, la quête d’un idéal et la fidélité à une promesse faite.

Autant vous dire que lorsque j’ai découvert la biographie d’Henri Fournier par J.-C. Petitfils, je n’ai pas hésité une seconde ! L’auteur y retrace à merveille les années qui vont mener Alain-Fournier à la célébrité, sa rencontre avec une jeune fille inconnue sur le Cours-la-Reine et l’amour passionné qu’il va lui vouer pendant tant d’années en espérant toujours la revoir.

« Voici que les après-midis reviennent. Je souffre très doucement une douleur qui pourrait être terrible si je n’étais sage. Je souffre de l’été qui revient et du bonheur qui va passer encore et peut-être toujours sans que j’aie le droit d’y toucher.« 

« Dans cette folle tentative de rejoindre le paradis perdu, loin de toute souillure, jamais il n’a eu la sensation, aussi violente, presque hallucinatoire, d’errer dans des abîmes de douleur, de palper jusqu’à la déréliction la pauvreté de son existence. Pourtant, il en est convaincu, il aurait suffi d’un effort surhumain, d’une tension plus forte vers ce désir pour qu’Elle apparaisse, souriante et douce comme au premier jour.« 

Mais ce roman nous présente aussi toutes les difficultés qu’a connues Alain-Fournier en tant qu’écrivain, ses hésitations, ses essais, le dur accouchement d’un roman somme toute très biographique mais surtout, toujours et encore la volonté d’être un grand écrivain, d’entrer au Panthéon des auteurs français reconnus : « malgré cet étouffement de mon coeur, cet écrasement, il faut que je m’élève. Il me faut la gloire. Il me faut les âmes. Il faut que je sois plus grand que tout.« 

Petitfils nous fait découvrir les secrets cachés dans le Grand Meaulnes, l’immense amour que le jeune Fournier a porté à la si belle Yvonne de Quiévrecourt, l’amour plus simple, plus réel aussi – amour adultérin – qu’il vivra avec l’actrice Pauline Benda. Le lecteur découvre aussi les atermoiements d’Henri Fournier, ses doutes et son immense et perpétuelle quête spirituelle, issue d’un besoin de transcendance très vif.

J’ai refermé le livre en regrettant qu’Alain-Fournier soit mort si jeune (dans les premières semaines de la Première Guerre mondiale), à un moment où il semblait avoir renoncé à ses rêves de jeunesse pour entrer pleinement dans sa vie d’adulte : qui sait ce qu’aurait été l’oeuvre de la maturité chez cet auteur ?

Bref, que vous ayez ou non lu le Grand Meaulnes, je vous recommande cette superbe biographie d’un des très, très grands auteurs français, et je vous laisse avec les deux très belles Yvonne de Galais que le cinéma français a connu, Brigitte Fossey et Clémence Poésy.

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Bonne journée !

Anne Souris

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