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Bruni

C’est au premier temps de la valse que tous les espoirs nous sont permis
Car au premier temps de la valse nous sommes tous en Arcadie.
Dès le second temps de la valse, la terreur de vivre nous saisit
Car dès le second temps de valse, c’en est fait du paradis.
Alors on va, on vient, on rêve ou l’on croit, on aime parfois, on paye, l’on doit,
Alors on cherche, ou l’on trouve selon les cas, mais la valse est toujours là.
C’est au troisième temps de la valse que l’on croit enfin savoir danser,
Mais au troisième temps de la valse, nous voilà tout essoufflés.
C’est au troisième temps de la valse que nos jeux commencent à s’envoler ;
Mais au troisième temps de la valse, la boucle est bouclée.
Alors on ne prend plus rien du bout des doigts, non tout à pleines mains
et on ne lâche pas ;
Alors soudain on s’agenouille et l’on croit, il n’est jamais trop tard
ma foi.
Alors on vit à bout de souffle tout ce qu’on a et on ouvre les yeux, on
ouvre les bras ;
Alors on retourne en douce sur ses pas et la valse, et un deux trois.
Il n’y a que trois temps dans la valse mais ces trois temps-là nous sont acquis ;
Il n’y a que trois temps dans la valse c’est bien court mais c’est ainsi.
Alors à ces trois temps de valse qui ressemblent à ma vie
Je dédie mes erreurs, les soupirs de mon cœur transi.

Une fois n’est pas coutume, je ne vous parlerai pas aujourd’hui d’une de mes lectures mais d’airs qui me trottent dans la tête depuis une semaine. Je n’ai en effet découvert le dernier CD de Carla Bruni qu’il y a quelques jours, et depuis, je n’écoute que ces Little French Songs.

Voilà un ensemble d’airs merveilleusement ciselés, parfois enjoués, parfois moqueurs, parfois mélancoliques mais toujours terriblement envoûtants. On a envie de rester « Chez Keith et Anita », d’avoir connu « Darling », de tout envoyer balader comme elle le fait dans « Pas une Dame ». Et on l’imagine écrire ces paroles un soir, perdue dans un grand palais de la République, lassée des incessantes piques et critiques des médias et politiques envers son « Raymond » et elle-même. Mais, dans une jolie virevolte musicale, la provocatrice devient mystique et reconnaît prier « quand au fond de ma poche je sens le trou de l’âge, comme la vie s’effiloche, comme elle nous endommage et comme elle nous arrache tendresse et paysage et souvenirs aussi » ou bercer ses enfants en retrouvant sa langue maternelle, et en égrenant ses souvenirs italiens dans « Dolce Francia ». Et nous n’aurons pas besoin d’attendre qu’elle devienne, à cent ans, consultante dans son château hanté pour avoir des conseils sur la vie et l’amour puisqu’elle a si joliment plaqué sur la Valse posthume (de Chopin) l’histoire de ces trois temps qui recommencent sans cesse et nous entraînent de bas en haut et de bonheurs en désespoirs.

Bref, voilà un très très joli CD que je souhaitais vous faire découvrir en ce début de semaine !

Bonne journée !

Anne Souris

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