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Trollope« Miss Martha Compton et sa soeur miss Sophy étaient, il y a vingt-cinq ans, les principales beautés de la jolie ville de Silverton, dans le Devon. Leur père, le révérend Josiah Compton, était un homme extrêmement digne, bien qu’on le distinguât davantage pour son caractère égal que pour l’éclat de ses talents ou la profondeur de son érudition. Il était le fils d’un petit propriétaire terrien, établi près de Silverton, qui cultivait son propre patrimoine de 300 hectares avec zèle et habileté et dont la principale ambition dans la vie était de voir son fils unique, Josiah, avoir le privilège de porter le préfixe Rev. devant son nom. »

Me voilà de retour de vacances, chers souris et rats de bibliothèque ! Et comme à chaque fois, je vais vous dire que je suis désolée de vous avoir laissés aussi longtemps sans article, tout en étant très heureuse d’avoir fait une vraie coupure. Alors, pour me faire pardonner, je vous offre mon plus joli souvenir de vacances : le lever de soleil dans le jardin, sur les vignes et le cèdre.

cèdre

Mais revenons à Mrs Barnaby ! Ne dirait-on pas le début d’un roman de Jane Austen ? Moi qui ne connaissait de Trollope que le sieur Anthony, j’ai fait la connaissance de sa mère avec un plaisir non dissimulé, me suis plongée dans le roman… et n’ai reparu qu’une fois le livre (et ses 621 pages…) terminé !

L’histoire est celle de Martha Compton, ravissante jeune fille « douée d’un esprit hardi » qui « avait l’intime conviction qu’elle était destinée à s’entendre appeler « milady » et à conduire une voiture à quatre chevaux. » Bien entendu, la vie ne va pas se dérouler selon les plans de Martha, devenue Mrs Barnaby suite à son mariage avec le pharmacien de Silverton. Et les aventures de notre héroïne, devenue pour son plus grand bonheur rapidement veuve, s’accumulent, se succèdent, se chevauchent pour notre plus grand bonheur. Le roman fourmille de personnages secondaires pas si secondaires que cela, bien campés, croqués avec une ironie cinglante et en même temps une immense tendresse pour leurs défauts humains. Une tante Betsy avare et rancunière, une jeune nièce sensible, délicate, parfaitement élégante, à la beauté parfaite, une galerie de jeunes hommes fougueux ou ténébreux à ravir… Frances Trollope nous entraîne dans une fresque vive, drôle et suprêmement pétillante de la société provinciale britannique du début du XIXe siècle.

Je me suis surprise à rougir de honte devant le comportement parfois scandaleux de la veuve Barnaby, telle Elizabeth Bennet lors du bal à Netherfield face au comportement de sa mère, son snobisme et ses minauderies m’ont fait rire aux éclats, comme celles de Mrs Elton dans Emma, enfin les douces espérances et le martyr de la jeune Agnès sont un mélange d’Elizabeth Bennet et de Fanny Price. Mais n’allez pas penser que le roman de Frances Trollope n’est qu’une pâle copie de l’œuvre d’Austen ! Si l’atmosphère et le contexte social sont identiques, elle se montre en général bien plus cruelle et satyrique que son aînée, tout en étant peut-être un peu moins fine dans l’analyse des caractères de ses personnages.

Une seule déception : la chute du roman, que je trouve complètement tirée par les cheveux… Mais je ne vous en dirai pas plus à ce sujet, et attends avec impatience que vous me disiez ce que vous avez pensé de Mrs Barnaby !

A bientôt !

Anne Souris

Traduction : Ambroise Tardieu, révisée par Géraldine Barbe

PS : et pour les impressions de fin sur Quand j’étais Jane Eyre, c’est là !

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