Mots-clefs

, , , , , , , , , , , ,

Baum« Le portier paraissait tout bouleversé quand il sortit de la cabine téléphonique n°7 ; il chercha sa casquette qu’il avait déposée sur le radiateur du bureau des téléphones.

– Qu’était-ce donc ? demanda le téléphoniste, assis à son tableau, les écouteurs aux oreilles et des fiches rouges et vertes entre les doigts.

– Voilà… ils ont subitement transporté ma femme à la clinique. Je ne sais pas du tout ce que ça signifie. Elle croit que ça commence. Ce n’est pourtant pas encore le moment, bon Dieu de bon sang, dit le portier. »

Berlin, courant des années 1920, Grand Hôtel. Dans le hall, dans les salons, dans les chambres de ce palace vont se croiser pendant quelques jours et quelques nuits plusieurs destins, plusieurs hommes et femmes, plusieurs vies. Vicki Baum nous entraîne avec un talent exceptionnel au coeur de ces histoires et nous présente chaque personnage, son passé, ses bonheurs et ses malheurs d’une manière si juste et si vivante que l’on s’attache totalement à chacun d’entre eux, même les plus antipathiques : la Grousinskaïa, le charmant baron Gaigern, le petit employé Kringelein, le docteur Otternschlag, l’odieux Preysing, le chef de réception, le comte Rohna et Senf, le réceptionniste dont l’épouse est en train d’accoucher… Clients et personnel du Grand Hôtel se croisent, se parlent, se toisent, se confrontent au cours de quelques jours qui s’écoulent inexorablement et vont bouleverser leurs vies à jamais.

Je m’étais laissée tenter chez le libraire à cause de la couverture et de son élégante illustration, et je n’ai pas décroché du livre jusqu’à la dernière phrase. Voilà un roman à lire absolument si vous aimez l’atmosphère si particulière de la fin des années 1920, ce mélange incroyable d’insouciance folle et de profond traumatisme laissé par la Grande Guerre, si vous souhaitez entrer dans un roman comme vous prendriez un train en marche, en faisant la connaissance de personnages déjà installés et en les quittant quelques stations plus tard. Certains s’en sortiront bien, d’autres moins, mais tous resteront marqués à jamais par leur passage dans le Grand Hôtel et, d’une certaine manière, le lecteur aussi !

« Les événements qui se déroulent au Grand Hôtel ne forment jamais des destinées nettes, entières, déterminées ; ce n’en sont que des parties, des fragments, des lambeaux : dans les chambres closes, des gens vivent, indifférents ou dignes d’intérêt, des gens qui s’élèvent, des gens qui tombent ; porte à porte, habitent félicités et catastrophes. Le porte tournante pivote, et ce qui se passe entre une arrivée et un départ ne forme jamais un tout. Peut-être, d’ailleurs, qu’il n’existe pas au monde de destinées complètes, mais seulement quelque chose d’approchant : des commencements qui n’auront pas de suite, des points finaux que n’a précédé nul début.« 

Bonne journée !

Anne Souris

PS : il existe apparemment une adaptation ciné excellente du roman, avec Greta Garbo et Joan Crawford, que je vais essayer de retrouver pour vous en parler…

Grand Hôtel 2 Grand Hôtel

Publicités