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Hillerin« Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry, fut sans doute, durant les quinze années qu’elle vécut en France, la femme la plus populaire du pays. Depuis son arrivée à Marseille en 1816 jusqu’à son exil définitif en 1833, elle fit régulièrement la « une » des gazettes, mobilisa pour sa cause la plus grande plume – Chateaubriand – et le plus brillant avocat – Berryer – de son époque, enflamma l’imagination d’Alexandre Dumas, de Victor Hugo , de Balzac. »

Mes p’tites souris, que vous soyez républicaines ou monarchistes, orléanistes ou légitimistes, passionnées d’histoire ou seulement de kung-fu, n’hésitez plus une seconde, et laissez vous tenter par l’excellent livre de Laure Hillerin sur la Duchesse de Berry. Duchesse qui ? Si tant d’autres figures féminines ont marqué l’Histoire de France, il est rare de connaître la vie de cette jeune femme restée dans l’histoire et l’imaginaire populaire comme la mère de « l’enfant du miracle ».

Et pourtant, la vie de Marie-Caroline (1798-1870) est digne des meilleurs romans d’aventure et de cape et d’épées ! Voyez plutôt cette pauvre enfant née dans l’Europe napoléonienne tourmentée, obligée de fuir dès l’âge de deux mois le royaume napolitain de son père, brinquebalée par sa famille au cours des pérégrinations et restaurations du royaume de Ferdinand IV. Elle aura eu une enfance et adolescence idyllique, sauvage et libre sous le soleil italien avant d’arriver en France, fiancée au duc de Berry, le deuxième fils de celui qui n’est pas encore Charles X. Marie-Caroline connaîtra alors deux années de bonheur aux côtés d’un mari qui, s’il a vingt ans de plus qu’elle, saura transformer la jeune fille un peu sauvageonne en élégante princesse, mécène des arts et protectrice des plus faibles.

La vie de Marie-Caroline sera désormais irrémédiablement liée à celle de la famille de Bourbon jusqu’à leur exil définitif de France, suite à la révolution de 1830 : mère du prétendant au trône (le comte de Chambord, « l’enfant du miracle », né sept mois après la mort de son père, le duc de Berry), Marie-Caroline va alors faire preuve d’un courage fou, n’hésitant pas à revenir secrètement en France pour tenter de renverser Louis-Philippe, avant d’être trahie par un de ses partisans et emprisonnée plusieurs mois.

Hillerin 2Il serait trop long de vous raconter en détails la vie de cette femme libre, généreuse, moderne et attachante, protectrice des arts, d’une bonté et d’une charité extrême envers les plus faibles, une femme entière, colérique et passionnée, dont les mœurs feront frémir les âmes bien-pensantes, mais si ce destin hors du commun vous intéresse, plongez-vous dans la biographie de Laure Hillerin, dont l’arrière-arrière grand-mère était l’amie d’enfance de la duchesse de Berry, et qui a eu la chance d’avoir à sa disposition leur correspondance.

« C’était la petite fille d’une blondeur surnaturelle, qui poussait à sa guise sous le soleil de Palerme et de Naples. C’était l’adolescente approximative livrée à la cour de France, soudainement métamorphosée en femme comblée par les charmes puissants d’un époux doué pour le bonheur. C’était l’épouse hagarde éclaboussée du sang de son mari qui renaissait à elle-même dans la douleur au cours d’une sanglante nuit de carnaval, dans le foyer de l’Opéra. Puis la jeune accouchée, toute pudeur envolée et chemise retroussée, exhibant son anatomie aux grenadiers médusés. C’était la Dame de Rosny, amie des arts et de la nature, souveraine épanouie d’un petit royaume à sa mesure. C’était l’intrépide et inconscient Petit-Pierre, dormant dans les fossés humides du Bocage vendéen. C’était l’amoureuse clandestine et son mystérieux amant. C’était la femme humiliée, la recluse de Blaye obligée une nouvelle fois d’accoucher en public afin que nul n’ignore le fruit de son péché. La magicienne faisant surgir de son chapeau un mari et un père pour son enfant. La princesse reconvertie en bourgeoise sicilienne, la mère blessée luttant avec une indomptable énergie pour préserver le lien avec ses royaux enfants, la mamma couverte de progéniture, la femme heureuse, généreuse et prodigue, semant sans compter le bonheur autour d’elle. Enfin, la petite vieille en noir, presque aveugle, incapable de résignation, qui jette les derniers feux de sa colère dans la grande indifférence de l’hiver autrichien. Bref, les multiples visages, l’itinéraire contrasté d’une femme spontanée et généreuse, oscillant entre la tragédie et la farce, l’épopée et le vaudeville, l’Ancien Régime et la modernité, dans une France et une Europe en pleine évolution. Voilà celle que j’ai cherché à ressusciter.« 

Bonne journée !

Anne Souris

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