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WhartonMes chères amies souris,

Après un long silence, une rechute de Mari Chéri qui est maintenant sur pied et devrait retourner travailler demain, des otites à répétition pour mes deux plus petits monstres et des petits tracas de santé pour mon ainé aussi, ME VOILA DE RETOUR !!! Merci pour tous vos messages, vos commentaires, et votre fidélité malgré l’absence de nouveaux articles !

Aujourd’hui donc, je vais vous recommander les toutes premières nouvelles d’Edith Wharton  « fruit des excès de la jeunesse » selon elle, publiées une seule fois, et retirées par la suite sur les ordres de leur auteur.

Si le style, la précision et l’intérêt de Wharton pour la dimension intime et psychologique de ses personnages se fait déjà sentir, ces trois récits sont cependant beaucoup plus énergiques, cruels, voire même violents que les œuvres de la maturité. On y sent encore le bouillonnement de la jeunesse, une impétuosité non dissimulée qu’elle policera par la suite, mais l’ironie, la verve qui en font un de mes auteurs préférés sont déjà bien présents.

La première nouvelle, qui donne au recueil son titre, « La plénitude de la vie », retrace l’arrivée dans l’au-delà d’une femme, enfin libérée du carcan domestique  bourgeois de sa vie, un carcan étouffant dans lequel elle ne s’était jamais pleinement épanouie, un mal-être subtilement traduit par les métaphores des « bottes de son mari – ces horribles bottes » qu’elle entendait craquer tous les soirs lorsqu’il rentrait, et par celle de la personnalité de la femme vue comme une maison, passage superbe à mes yeux que je vous cite donc en entier : « La nature d’une femme est comme une grande maison pleine de pièces : il y a le hall, dans lequel tout le monde passe en tous sens ; le salon, où l’on reçoit les visites officielles ; la salle à manger, où les membres de la famille vont et viennent à leur guise ; mais au-delà, bien au-delà, il y a d’autres pièces, dont on ne pousse peut-être jamais les portes, dont personne ne connaît le chemin, dont on ne sait où elles mènent, et dans la pièce la plus retirée, dans le saint des saints, l’âme se tient assise, seule, guettant le pas de quelqu’un qui ne vient jamais. » L’Esprit de Vie qui l’accueille dans cet au-delà va lui offrir l’opportunité de se réaliser enfin, aux côtés d’un être la comprenant et l’admirant, auprès duquel elle pourrait passer l’éternité à converser de sujets communs, à moins que… Je vous laisse découvrir la suite !

La deuxième nouvelle, « La lampe de Psyché », relate l’histoire du remariage d’une jeune femme admirant et aimant son mari au-delà de tout raisonnable, puisque « son bonheur touchait presque aux confins de la douleur« . La vision qu’elle a de lui va cependant être altérée par un voyage qu’ils feront chez la tante de Delia, au cours duquel, confrontée aux valeurs régnant dans sa propre famille, elle se verra obligée de s’interroger sur le caractère de celui qu’elle a épousé. « C’est ainsi que sans cesse la question se remettait à la tourmenter. Elle se levait et se couchait avec elle, elle regardait par ses yeux dans les nuits sans sommeil, elle la suivait dans la rue, elle se moquait d’elle dans les regards des inconnus, et Delia redoutait que son mari pût la lire dans le sien. » Cette question redoutable, « pourquoi n’était-il pas à la guerre ?« , minera petit à petit Delia, et modifiera l’image qu’elle avait de son mari : « il avait été comme un pays inexploré, plein d’envoûtantes surprises et de perpétuelles révélations, merveilleuses et enchanteresses ; à présent, elle l’avait mesuré et cartographié, elle savait à l’avance où menaient tous les chemins qu’elle empruntait.« 

La dernière nouvelle, enfin, une vraie petite merveille de subtilité et de psychologie, « La vue de Mme Manstey », retrace le désespoir d’une vieille femme à l’idée que la vue qu’elle a depuis la fenêtre de la petite pension new-yorkaise qu’elle habite depuis tant d’années puisse disparaître au profit de l’agrandissement de l’immeuble voisin, une vue pourtant « dans laquelle l’œil le plus optimiste n’aurait pu découvrir au premier abord rien d’admirable« . Cette nouvelle est admirable de délicatesse, de poésie et de compassion à l’égard de cette femme solitaire, dont « les vrais amis […] étaient les habitants des cours, les jacinthes, le magnolia, le perroquet vert, la femme de chambre qui nourrissait les chats, le médecin qui étudiait tard derrière ses rideaux moutarde, et le confident de ses réflexions tendres était le clocher de l’église flottant dans le coucher du soleil. » Et tout ceci, cette vue si précieuse, devrait cependant disparaître au profit de l’extension, terrible extension contre laquelle la pauvre vieille Mme Manstey va s’imaginer pouvoir faire quelque chose, avant d’être vaincue elle-même, et de « mourir comme elle avait vécu, solitaire sinon seule.« 

Ainsi donc, mes p’tites souris chéries, voici trois petits textes courts pour commencer la semaine, un pur délice – comme d’habitude avec Edith Wharton me direz-vous – à consommer très rapidement et à savourer intensément !

Anne Souris

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