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revue des deux mondesMes p’tites souris, aujourd’hui ce n’est pas un roman ou une biographie ou tout autre livre que je vais vous recommander, mais une revue, ou plus exactement LA revue la plus ancienne d’Europe, la Revue des Deux Mondes, qui nous offre aujourd’hui un excellent dossier sur Jane Austen.

« Il est très possible que le fait de consacrer un numéro de la Revue des Deux Mondes à Jane Austen soit considéré comme légèrement désinvolte. La planète n’est-elle pas en train d’exploser ? Les corrompus de tout poil ne sont-ils pas l’objet d’une colère universelle ? Margaret Thatcher, qui vient de mourir, ne continue-t-elle pas de tempêter d’outre-tombe, à la vue d’une Europe si incapable de parler haut et fort ?

On ne sait si Mrs Thatcher était une lectrice des romans de Jane Austen. Les désordres subtils de la sensibility que la romancière d’Orgueil et Préjugés et Raisons et Sentiments a si bien su faire miroiter ont-ils eu une place au chevet de l’Iron Lady ? On peut penser que oui, bien sûr et qui sait même si feu la Dame de Fer n’aura pas puisé dans l’arsenal psychologique des personnages « austeniens » quelques-unes de ses plus décisives cartes maîtresses ? C’est bien là toute la réussite, en un sens, de ce roman anglais qui continue d’enchanter les lecteurs à travers le monde en dépit de sujets en apparence surannés. Quoi ? Comment ? Ces émois du cœur, ces coins de jardin seraient plus forts finalement, plus dangereux que bien d’autres menaces jugées plus périlleuses ? Les romans de Jane Austen font leur chemin dans l’intimité des lecteurs parce qu’ils possèdent cette intelligence des sentiments, sans laquelle le monde est tout simplement indéchiffrable. Bien naïfs sont ceux qui croient que les graves problèmes de l’heure réclament des rapports de prétendus hauts fonctionnaires pour être analysés en profondeur ! La simple moue d’une jeune fille à un dîner de province nous renseigne mieux sur la marche de la planète. Le monde, parfois, se résume à un salon de thé, il suffit d’écouter. Il est vrai que la littérature française est bien équipée sur ce point, la Princesse de Clèves ayant donné le la. Mais notre chère cousine Jane demeure malgré tout irremplaçable.
Dans ce numéro, Philippe Arnaud note avec justesse que le roman anglais dans son ensemble n’a pas eu à souffrir, comme en France, d’une prétendue frontière entre un ancien et un « nouveau roman ». Le lecteur anglais est en ligne directe avec une époque qui, en effet, ne ressemble plus du tout à la nôtre. Quelle importance ? De même que les Mémoires de Saint-Simon continuent de nous instruire sur la nature humaine en plein milieu de la Galerie des Glaces, de même les bals de province de Mrs Austen continuent de nous renseigner sur les subtilités invisibles de la carte du tendre. Jean-Pierre Naugrette a été l’initiateur de ce dossier, en compagnie d’Isabelle Bour, Laurent Folliot, Camille Fort, Hilary Mantel, Frédéric Verger, Lucien d’Azay et Philippe Arnaud. Qu’ils soient tous ici remerciés de nous avoir donné rendez-vous, de si élégante façon, avec une telle « Soft Lady ».
Bonne lecture,
Michel Crépu »

Je vous recommande donc la lecture de ce numéro, que vous trouverez « chez tous les bons libraires » !

Anne Souris

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