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Trollope« Il me faut, je le crains, imposer à mon lecteur quelque détails relatifs aux premières années de Miss Mackenzie, détails dont le récit sera ennuyeux, mais que je ferai aussi court que possible. Son père, qui dans sa jeunesse avait quitté l’Écosse pour Londres, avait passé toute sa vie à servir son pays. Il était devenu employé à Somerset House quand il mourut à l’âge de soixante ans. Il suffira de dire à son propos que sa femme était morte avant lui et qu’en mourant, il laissait derrière lui deux fils et une fille. »

Connaissiez-vous Trollope, mes petites souris savantes ? Moi non, et c’était une erreur ; figurez-vous que cet – selon moi – illustre inconnu est en fait un vrai mythe littéraire de la période victorienne ! Tolstoï, Queneau, Henry James ou P.D. James figurent parmi ses admirateurs inconditionnels, ainsi que votre humble servante, dorénavant !

Miss Mackenzie, 36 ans, se retrouve au décès d’un de ses frères à la tête d’une jolie petite fortune, elle qui jusqu’à présent s’était dévouée à soigner ledit frère, et ne connaissait de Londres que la petite rue dans laquelle ils habitaient. Si sa fortune est faite, son bonheur ne l’est cependant pas : Margaret se retrouve plus seule que jamais à la proie des chasseurs de dots et de la cupidité de ses parents pauvres. « Miss Mackenzie, je le crains, n’avait en tête aucune vision suffisamment précise de la vie qu’elle entendait mener. Elle souhaitait une vie agréable et peut-être élégante, mais elle désirait aussi une vie respectable, avec les égards dus à la religion. […] Comment aurait-elle pu avoir la moindre idée claire sur la question dans cette prison où elle avait vécu durant tant d’années au chevet de son frère ?« 

Une galerie de personnages hauts en couleur (Lady Ball, sa tante, m’a fait penser à Lady Catherine de Bourgh d’Orgueil et Préjugés), une héroïne attachante tiraillée entre son conservatisme naturel et une attirance irrépressible pour l’originalité, voire l’excentricité et un style agréable et vif, l’auteur se positionnant en observateur impartial et prenant souvent le lecteur à partie, tout cela m’a énormément séduite.

Ce livre m’a emporté très tard (ou très tôt, selon le point de vue…) dans la nuit, et je n’ai pu le lâcher avant de savoir si Miss Mackenzie allait avoir le courage de prendre son destin en main, et de surmonter toutes les difficultés liées à son nouveau statut d’héritière, et surtout à la perte de son héritage suite à un retournement de situation inattendu !

Si Henry James, Jane Austen et Vita Sackville-West sont dans votre Panthéon littéraire, si vous aimez vous installer confortablement dans un fauteuil avec un bon thé et quelques scones, si vous rêvez de villes thermales et de campagne anglaise, alors foncez faire la connaissance de Miss Mackenzie, vous ne le regretterez pas. Quant à moi, je file commander la suite des œuvres du grand Trollope !

Anne Souris

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