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Petitfils« En 1679, à l’apogée du règne de Louis XIV, en un siècle réputé pour son sens de la mesure, de la raison, mais aussi pour sa foi profonde – le siècle de Descartes et de Pascal -, dont on admire les splendeurs et le raffinement des clairs ordonnancements, un siècle où les Lettres et les Arts brillent d’un éclat incomparable, éclatait, par un surprenant contraste, l’une des plus vastes et des plus sordides affaires criminelles de tous les temps.« 

A son habitude, Jean-Christian Petitfils nous offre là un excellent livre ! Biographe hors pair, il ne nous raconte pas ici la vie d’un de nos rois, de leurs courtisans ou de leurs maîtresses, mais nous entraîne avec passion au cœur d’une procédure judiciaire qui aura duré 3 ans et éclaboussé jusqu’aux marches du trône.

Lorsque l’Affaire éclate, il ne s’agit au départ que de l’arrestation de quelques alchimistes et sorcières, comme le Grand Siècle en connaissait tant, mais leurs révélations, bien souvent arrachées sous la torture, vont révéler un réseau de sorcellerie, de sordides empoisonnements et de messes sataniques auquel auraient participé les plus grands noms du royaume. « Une partie des pièces ont été volontairement détruites par ordre de Louis XIV. Secret du roi, secret d’Etat ! En son cœur, comme le plus inaccessible, se trouve le cas de Mme de Montespan, chargée par plusieurs des inculpés. Sur elle pèsent les plus graves soupçons, que l’on a voulu étouffer et cacher à la postérité.« 

Mme de Montespan, la grande favorite du roi, mais aussi sa sœur, l’orgueilleuse Mme de Soissons, le maréchal de Luxembourg et surtout celle par qui l’Affaire commença, la marquise de Brinvilliers, accusée d’avoir empoisonné son père, ses deux frères, et d’avoir tenté de tuer sa sœur : « C’en est fait, la Brinvilliers est en l’air : son pauvre petit corps a été jeté après l’exécution dans un fort grand feu, et les cendres au vent ; de sorte que nous la respirerons  et, par la communication des petits esprits, il nous prendra quelque humeur empoisonnante dont nous serons tous étonnés« . Mme de Sévigné avait vu juste : dans tout le royaume, dans chaque paroisse, dans chaque famille, les plus sordides révélations vont voir le jour, et personne n’osera plus prendre un repas sans la crainte de se faire empoisonner, ou envoûter. « Le fait est que la plupart des dames avaient de bonnes raisons d’être inquiètes : « on publia que la duchesse de Foix avait demandé le moyen d’avoir des seins, écrit Primi Visconti ; que Mme de Vassé réclamait celui d’avoir des hanches et de devenir grande ; beaucoup voulaient le secret de se faire aimer et quelques unes, la place de Mme de Montespan. » Nombre de gentilshommes – notamment dans l’entourage de Monsieur – s’inquiétaient de savoir si l’on rechercherait les cas de sodomie. Quant aux avortements, le roi lui-même ne voulut pas aller plus avant dans ce domaine, tant le royaume en était infesté. »

Jean-Christian Petitfils raconte avec son talent habituel ces trois années de procédure (210 séances, 319 décrets de prise de corps, 194 personnes arrêtées, 104 jugements dont 36 condamnations à mort, 4 condamnations aux galères, 34 bannissements, 30 acquittements !), les découvertes et les doutes du lieutenant général de police La Reynie et du ministre Louvois. Il retrace avec précision les différentes étapes de la constitution de la fameuse Chambre Ardente, n’épargne pas le lecteur dans sa description des différentes « questions », ordinaire et extraordinaire (à savoir, les interrogatoires et la torture pratiqués sur les prisonniers) et replace toute cette affaire criminelle et ses ramifications dans le contexte socio-politique de l’époque.

Vous connaissez, mes p’tites souris fidèles, mon admiration pour M. Petitfils et je n’aurai de cesse de vous faire découvrir ses biographies, mais si vous souhaitez découvrir le Grand Siècle par une de ses faces, certes la plus sombre, mais fascinante, jetez vous sur ce livre, et vous ne serez pas déçues !!

A la mort de La Reynie, « le monarque demanda à un valet de […] jeter une à une les liasses jaunies dans la haute cheminée de son cabinet qu’on avait allumée comme aux plus mauvais jours du terrible hiver précédent. Pendant que se tordaient dans les flammes les papiers maudits, sans doute le vieux souverain pensa-t-il avec tristesse à cette sordide page de son règne, à l’orgueilleuse Montespan, morte deux ans auparavant, coupable de cérémonies sacrilèges et peut-être d’avoir livré son corps à de viles débauches, au hideux Guibourg qui invoquait les puissances de l’enfer, à la crapuleuse Voisin chez qui toute la Cour défilait […] Du plus lourd secret du règne, tout était effacé. Quel soulagement ! La postérité ne connaîtrait rien de ces infamants souvenirs qui avaient hanté ses nuits, miné ses plus beaux succès. Aucune ombre sinistre ne viendrait jamais souiller ses lys, son soleil et sa gloire.« 

Anne Souris

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