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Walls« Je me demandais dans le taxi si je n’étais pas trop habillée pour la soirée quand j’ai aperçu maman en train de fouiller dans une benne à ordures. La nuit venait juste de tomber. Les bourrasques de vent du mois de mars balayaient la fumée s’échappant des soupiraux et les passants marchaient vite, le col relevé. J’étais bloquée dans les embouteillages à deux rues de la réception ou j’étais attendue. Maman était à cinq mètres. Elle s’était entouré les épaules de chiffons pour se préserver de la fraîcheur printanière et faisait son choix dans la poubelle pendant que son chien, un terrier croisé noir et blanc, jouait à ses pieds. »

Avez-vous passé un bon congé de fin de semaine, mes p’tites souris chéries ? Moi oui ! Et en particulier grâce à ce livre. Bon, grâce au soleil aussi. Mais surtout grâce à ce livre, qu’une amie m’avait conseillé, pour faire un parallèle avec Tom, petit Tom. Quelle excellente idée elle a eu ce jour-là !!!

374 pages de bonheur, d’émotion, d’attendrissement face à ce récit de l’enfance de Jeannette Walls, et pourtant quelle enfance ! Imaginez-vous seulement : un père alcoolique, rêvant pour sa famille d’une maison de verre au toit de panneaux solaires construite en plein désert, une mère artiste, peintre, écrivain qui laisse ses enfants se débrouiller par eux-mêmes dès leur plus jeune âge pour qu’ils apprennent l’autonomie, des déménagements du Nord au Sud et d’Est en Ouest, dans les Etats-Unis des années 1960, au gré des poursuites des huissiers ou des soucis avec la police…

Marquée au plus profond d’elle par cette enfance à la dure, au cours de laquelle elle avait connu la faim, le froid, la peur, les quolibets et les agressions, Jeannette Walls avait choisi d’oublier son enfance, et de ne pas raconter la vie de la petite fille qu’elle avait été avant sa brillante carrière de chroniqueuse mondaine new-yorkaise.

« Le professeur Fuchs a quitté son pupitre et s’est avancée. – Que savez-vous de l’existence des plus démunis ? a-t-elle demandé.
Elle en tremblait presque.
– Que savez-vous des épreuves et des obstacles auxquels les exclus ont à faire face ?
Les autres étudiants me dévisageaient.
– Vous avez raison, ai-je dit. »

Jeannette, Lori, Brian et Maureen, les quatre enfants de ce couple hors-normes, fantasque, brillant, incroyablement aimant mais en même temps d’un égoïsme inimaginable, ces enfants vont apprendre dès leur plus jeune âge à quel point il leur faut se serrer les coudes pour lutter contre l’adversité, à quel point il faut redoubler d’ingéniosité pour avoir le ventre plein, et à quel point la solidarité, l’entraide et l’amour sont des valeurs essentielles pour garder espoir, et ne pas sombrer. Ne pas sombrer lorsque leur père rentre, ivre mort, après plusieurs jours d’absence, ne pas sombrer lorsque faute d’entretien, la maison dans laquelle ils vivent part littéralement en morceaux à chaque averse, ne pas sombrer lorsqu’il leur faut faire les poubelles de la cantine pour pouvoir trouver leur déjeuner…

Voici un livre extraordinaire à lire très rapidement, l’histoire d’enfants courageux, « de la race des cactus« , ou de celle des arbres de Joshua, ces arbres du désert qui survivent malgré le vent, l’absence d’eau, la poussière, qui se tordent pour s’adapter mais tiennent bon, coûte que coûte. Un de ces arbres que Jeannette aurait voulu « protéger du vent et [..] arroser tous les jours pour qu’il devienne un bel arbre, bien grand et bien droit« .

Mais, ainsi que lui avait rappelé sa mère : « C’est la lutte contre les éléments qui donne à l’arbre de Joshua toute sa beauté ». Et aux enfants Walls toute leur force, et notre admiration la plus complète.

Anne Souris

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