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Mazetti« Cette nuit, j’ai rêvé du mur. Ce mur auquel j’ai parlé tout au long de l’été dernier. « On a vraiment l’impression de parler à un mur » me disaient-ils après m’avoir soûlée pendant trois heures avec leurs trucs. Des trucs de merde, genre qu’ « on » ne sort pas à vélo quand il pleut des cordes et qu’ « on » ne donne passes vêtements aux autres. Et que même si je pense que mon répugnant prof de bio devrait se faire interner, c’est quand même lui qui me donne les notes qui vont rester dans mon dossier scolaire. »

Linnea a quinze ans, c’est « une lycéenne proprette, en bonne santé, bien nourrie, suédoise et même pas anorexique« . Mais elle a quand même besoin de s’enfermer dans le dressing de sa grand-mère, assise sur un coffre à chaussures, pour parler au mur tapissé de papier peint 70’s.

Tout ça à cause de cent vingt jours – « cent vingt jours, sans compter les week-ends« . Cent vingt jours d’une amitié qui devait durer tout une vie, et qui s’est arrêtée, brutalement, un 4 juin à 22h13. Mais arrête-t-on d’aimer les personnes quand elles disparaissent ? Et « est-ce qu’une amitié s’arrête quand un des deux amis meurt, s’éteint tout simplement comme quand on écrase une cigarette ? » Certes, il y a Markus, dont Linnea est amoureuse – comme toutes les autres filles, certes la vie continue, les cours aussi, mais il n’y a plus Pia et son sourire en concombre-de-travers, Pia et son mètre quatre-vingt, Pia et ses autocollants qui servent à évaluer les garçons à la cantine. Et Linnea n’a pas de mots pour parler de sa douleur. Parce qu’il n’y a pas de mot quand on perd une amie : on n’est pas veuve, on n’est pas orpheline, mais la douleur est quand même forte, trop forte.

J’avais lu « Entre Dieu et moi c’est fini » à l’époque où tout le monde parlait du « Mec de la tombe d’à côté », parce que j’aime bien lire un autre roman d’un auteur-dont-on-parle avant de lire le roman-dont-on-parle. Et au final, j’ai préféré l’histoire de Linnea. J’ai aimé suivre une année de la vie de cette ado paumée, solitaire, qui cherche à faire revivre son amie dans tous les détails du quotidien : livres, fêtes du calendrier, vêtements… « avec la prudence d’un archéologue qui découvre les vieux débris d’une cruche« . J’ai aimé suivre la reconstruction progressive de cette gamine attachante, exaspérante… normale, face à l’anormalité du suicide de sa meilleure amie.

Ne croyez pas, mes p’tites souris, que ce livre est déprimant, triste, noir : au contraire, c’est une belle, très belle histoire d’amitié, de deuil, et de vie. Et un auteur venu du grand Nord à découvrir, si ce n’est déjà fait.

Anne Souris

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