Mots-clefs

, , , , , , , , , , , , , , ,

Ehle

Knightley

Bien, mes p’tites souris, je sens que je vais aborder un sujet sensible. Le genre de sujet que d’habitude on réserve pour la toute fin de soirée. Le genre de sujet capable de déchirer une famille et de brouiller les meilleurs amis du monde.

Et cependant je me lance : quelle est votre version préférée d’Orgueil et Préjugés ? Celle de Langton, avec Jennifer Ehle et Colin Firth ou celle de Wright, avec Keira Knightley et Matthew Macfadyen ?

Pour ma part, mes p’tites souris chéries (oui, il faut bien que j’amadoue celles qui ne vont pas être d’accord avec moi), c’est celle de la BBC qui recueille tout mon enthousiasme. D’abord par sa durée : il est plus facile d’être fidèle au roman en six fois cinquante minutes qu’en cent vingt-sept (pour ceux qui souhaiteraient faire le calcul, que je n’ai pas fait, je suis absolument certaine que six fois cinquante fait beaucoup, beaucoup plus que cent vingt-sept).

Mais ce n’est pas tout : si le film de Wright est très beau esthétiquement, il est cependant très infidèle au contexte social de l’époque. On a l’impression lors du premier bal à Meryton d’assister à une assemblée campagnarde peu brillante. Il ne s’agit certes pas d’un grand bal à Londres, mais les participants sont des membres de la gentry, cette petite aristocratie anglaise fort respectable, qui tenaient tout de même à un certain décorum. De même, à la fin du film, jamais Elizabeth ne serait sortie seule dans le jardin à l’aube. Et Darcy ne serait jamais, au grand jamais sorti de chez lui débraillé ainsi, au risque de s’attirer les foudres de tous les dandys de l’époque ! Cela m’a complètement gâché la fin… Lizzie est de plus trop indépendante : certes le portrait qu’en fait Jane Austen dans son roman est celui d’une jeune femme à la forte personnalité, à l’ironie mordante, mais pas une rebelle mal coiffée et à la limite de l’impolitesse, comme l’est parfois le personnage interprété par Keira Knightley. Je pense en particulier à la scène où elle arrive à Pemberley pour trouver Jane qui est malade. Sa tenue et son comportement ne sont en rien ceux d’une lady, qu’elle est sensée être, malgré tous les défauts que lui trouve Lady Catherine !

Je regrette aussi cette volonté qu’a eu Wright de faire des Bennett, et en particulier de M. Bennett, des paysans mal dégrossis, vivant certes dans une jolie maison, mais complètement délabrée, et dont la limite avec la ferme n’est pas très claire ! Les Bennett ne sont pas aussi riches que Darcy, mais ils sont membres de la gentry, M. Bennett est un gentleman comme le rappelle Lizzie à Lady Catherine et à ce titre, la famille suit les règles de savoir-vivre assez strictes de la société de l’époque. De même, si les Bennett ne roulent pas sur l’or, ils ont tout de même suffisamment de revenus pour avoir un train de vie leur permettant d’avoir une femme de charge (Hill) et plusieurs femmes de chambre, et leur demeure ne serait pas en aussi mauvais état que le montre le film. D’après moi, la série de la BBC est sur ce point aussi beaucoup plus juste : M. Bennett a beaucoup d’allure, les plus jeunes soeurs sont aussi mal élevées qu’on puisse le souhaiter, mais elles respectent à peu près le décorum propre à la société du début du XIXe.

En revanche, j’aime le film de Wright justement pour les personnages des soeurs Bennett : elles sont beaucoup plus justes en âge et allure que les actrices du film de Langton, bien trop âgées pour être crédibles. Kitty et Lydia sont très jolies, très jeunes et très effrontées ce qui est vraiment fidèle à l’esprit du roman. J’ai aussi beaucoup aimé le fait que Mary soit certes renfrognée, mais jolie, car à aucun moment Austen n’en avait fait le laideron de la série de la BBC. Quant à Jane et Elizabeth, elles sont beaucoup plus crédibles physiquement : n’oublions pas qu’elles sont à l’aube de leur 20 ans. La série de la BBC les avaient toutes trop vieilli, et le film perdait un peu de sa crédibilité à ce point de vue. Les personnages secondaires (Collins, Lady Catherine de Bourgh, les soeurs de Bingley – dont une a été tout bonnement supprimée dans le film de Wright ou encore CharlotElizabethte Lucas) sont en revanche plus fidèles dans la version BBC, car moins caricaturaux.

Bref, si le film de Wright n’est pas complètement dénué de qualités, il pèche par excès de modernisme et n’arrive pas à restituer l’atmosphère délicate et pourtant piquante du roman de Jane Austen, contrairement à la version de la BBC.

Et vous, quel est votre avis sur la question, mes p’tites souris ?

Anne Souris

Publicités