Et vous avez eu beau temps ? La perfidie ordinaire des petites phrases – Philippe Delerm

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Delerm« Et vous avez eu beau temps ? »

C’est par cette question d’une banalité absolue que s’ouvre le dernier Delerm et que le lecteur plonge dans une série de courts chapitres épinglant les uns après les autres nos travers et les lieux communs de nos conversations.

« Je me suis permis… Ca finit quand ?… On l’a vu dans quoi, déjà ?… C’est pas pour dire mais… »

A son habitude, Philippe Delerm porte un regard à la fois tendre et cynique sur ses contemporains, saisissant au gré de ses promenades et de son quotidien nos failles et rodomontades. Chacun s’y retrouvera, chaque anecdote résonne familièrement à notre oreille et l’on se prend à sourire au souvenir de telle conversation ou tel autre débat, au cours duquel une de ces petites phrases nous aura échappé. « Il est peu de douleurs plus cruelles que d’être quitté par qui l’on aime. A cet irréductible chagrin, encore faut-il ajouter le questionnement de ceux qui viennent déposer une pincée de sel sur la blessure toute fraîche en demandant : « Et tu n’as rien senti venir ? » »

Nulle prétention à éblouir le lecteur par des envolées lyriques, nul besoin de grosses ficelles littéraires commerciales pour appâter le chaland : un style excellent, simple et concis, un œil acéré et une immense tendresse pour ses contemporains, telle est le secret du succès de Philippe Delerm et la raison pour laquelle c’est à chaque fois un immense bonheur de le retrouver et de l’accompagner dans ses pérégrinations.

« Constatons simplement que bien des tutoiements ne correspondent à aucune proximité réelle, relèvent souvent d’une camaraderie superficielle, sans estime supplémentaire. Il y a toutefois des familiarités qui vont aussi vers la tendresse. Mais elle n’existe pas, cette phrase délicieuse qui reflèterait l’apogée de la délicatesse : – On pourrait peut-être continuer à se vouvoyer ? »

Bonne lecture !

Anne Souris

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Le ciel nous appartient – Katherine Rundell

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Rundell » Au matin de son premier anniversaire, un bébé fut découvert dans un étui à violoncelle, flottant au beau milieu de la Manche. C’était le seul être vivant à des kilomètres à la ronde. Le bébé, quelques chaises et la proue d’un bateau sombrant dans l’océan : rien d’autre à l’horizon.« 

Un petit bijou. Ce roman de Katherine Rundell, une fois lu, ne vous quittera pas pendant un moment et séduira aussi bien les enfants que leurs parents. Lire la suite

La chorale des dames de Chilbury – Jennifer Ryan

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Ryan.jpg« Premier enterrement de la guerre, et la chorale de notre petit village n’a même pas été capable de chanter juste. Les mots « Saint, saint, saint » se sont envolés comme s’ils étaient pépiés par une volée de moineaux poussifs.La faute n’en était pas à la guerre, ni à ce jeune chenapan d’Edmund Winthrop, coulé par une torpille dans son sous-marin, ni même à la direction désastreuse du pasteur. Non : nous donnions là l’ultime prestation de la chorale de Chilbury. Notre chant du cygne. »

Un vrai coup de cœur pour la si jolie couverture de ce roman publié chez Albin Michel, puis un coup de cœur pour l’histoire, voilà deux raisons plus que suffisantes pour vous recommander chaudement cet excellent roman de Jennifer Ryan. Lire la suite

Revue TetrasLire

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TetrasLireChères p’tites souris,

Une fois n’est pas coutume, je ne vous recommanderai pas aujourd’hui un ouvrage de littérature jeunesse mais une revue. Vous me pardonnerez, j’espère, cette entorse au format habituel de nos rendez-vous littéraires !

Quelques grandes maisons d’édition se partagent le marché de la presse enfantine et si certaines revues, devenues des classiques – à l’image de J’aime Lire ou Histoires Vraies – restent bien sûr des incontournables pour toute bibliothèque qui se respecte, la plupart des magazines ne proposent à nos enfants que des pages truffées de conseils « à la mode », de blagues de récré ou d’articles sur les disputes entre copines. Lire la suite

Casimir mène la grande vie – Jean d’Ormesson

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dOrmesson3« Vous vous demandez peut-être, je vous entends d’ici, c’est une manie chez vous, pourquoi j’écris ce livre. Je vous donnerai, pour le même prix, deux réponses au lieu d’une. Première réponse : je vous emmerde. Voilà une bonne chose de faite. J’espère qu’elle vous monte à la gorge et qu’elle vous en bouche un coin. Deuxième et dernière réponse et, s’il vous plaît, n’y revenez pas : j’écris ce livre parce que mon grand-père m’a demandé de l’écrire. C’est la meilleure des raisons. »

Excellent, excellentissime Jean d’Ormesson, qui sait à chaque fois nous trouver là où nous l’attendons le moins ! Comme sa plume me manque, son ironie mordante, son regard si détaché et pourtant profondément charitable sur le monde. Lui seul était capable d’aimer aussi profondément le genre humain tout en percevant de manière parfaitement lucide tous ses petits travers, ses lâchetés, ses petitesses. Lire la suite

Les mains du miracle – Joseph Kessel

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Kessel« Himmler s’est suicidé près de Brême, en mai 1945, au cours de ce printemps où l’Europe ravagée, suppliciée,connut enfin la délivrance. Si l’on compte seulement les années, cette époque est encore proche de nous. Mais tant d’événements, depuis, se sont accumulés, si graves, qu’elle semble déjà très lointaine.« 

Voilà un livre, chères petites souris, qu’un grand nombre de personnes me recommandait de lire depuis un certain temps, Mari Chéri en tête. En repos forcé pour quelques jours, et profitant d’un temps absolument superbe, je me suis installée à la terrasse d’un café parisien et ai littéralement dévoré cet excellentissime roman en 2h30 ! Lire la suite

Poste restante à Locmaria – Lorraine Fouchet

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Fouchet« Il l’aperçoit à la terrasse du Caffe Rosati et c’est l’été, bien qu’on soit en avril. Elle est seule devant un espresso. Il n’aime plus dormir depuis qu’ils sont ensemble, parce qu’ils sont séparés lorsqu’il rêve. Elle a littéralement kidnappé son coeur. Ce jour-là, elle porte une robe orange, sa couleur favorite – il voit la vie en orange désormais. Elle entoure sa tasse de ses mains d’un geste si sensuel qu’il envie la porcelaine. » Lire la suite

Nuit noire

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Une très courte nouvelle qui me trottait dans la tête depuis quelques jours…

Bonne lecture !

Anne Souris

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Nuit noire

Elle roulait dans la nuit noire, ses phares éclairant les bandes blanches qui défilaient à vive allure sur les côtés. Les kilomètres se succédaient sans qu’elle en ait conscience et elle ne prêtait qu’une attention minimale aux lumières blafardes des voitures qu’elle croisait, aux panneaux qui apparaissaient, furtivement, avant de disparaître à nouveau dans l’ombre. Lire la suite

L’ordre du jour – Eric Vuillard

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vuillard« Nous sommes un lundi, la ville remue derrière son écran de brouillard. Les gens se rendent au travail comme les autres jours, ils prennent le tram, l’autobus, se faufilent vers l’impériale, puis rêvassent dans le grand froid. Mais le 20 février de cette année-là ne fut pas une date comme les autres. Pourtant, la plupart passèrent leur matinée à bûcher, plongés dans ce grand mensonge décent du travail, avec ces petits gestes où se concentre une vérité muette, convenable, et où toute l’épopée de notre existence se résume en une pantomime diligente. La journée s’écoula ainsi, paisible, normale. Et pendant que chacun faisait la navette entre la maison et l’usine, entre le marché et la petite cour où l’on pend le linge, puis, le soir, entre le bureau et le troquet, et enfin rentrait chez soi, bien loin du travail décent, bien loin de la vie familière, au bord de la Spree, des messieurs sortaient de voiture devant un palais. « 

Comme tout régime politique – dictatorial qui plus est -, le IIIe Reich a fondé son image sur une propagande soigneusement construite et un discours officiel parfaitement huilé. Mais derrière cette façade pour l’Histoire, et peut-être encore plus que pour d’autres régimes, ce ne furent au début que cafouillages, intrigues, vulgaires négociations pour asseoir l’autorité d’Hitler et lui permettre de mener à bien sa prise du pouvoir. Lire la suite

Vango – Timothée de Fombelle

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Fombelle » Paris, avril 1934. Quarante hommes en blanc étaient couchés sur le pavé. On croyait voir un champ de neige. Les hirondelles frôlaient les corps en sifflant. Ils étaient des milliers à regarder ce spectacle. Notre-Dame de Paris étendait son ombre sur la foule assemblée. Soudain, tout autour, la ville parut se recueillir. Vango avait le front contre la pierre. Il écoutait sa propre respiration. Il pensait à la vie qui l’avait conduit ici. Pour une fois, il n’avait pas peur. Il pensait à la mer, au vent salé, à quelques voix, quelques visages, aux larmes chaudes de celle qui l’avait élevé. La pluie tombait maintenant sur le parvis mais Vango n’en savait rien. Allongé par terre au milieu de ses compagnons, il ne regardait pas fleurir l’un après l’autre les parapluies. Vango ne voyait pas la foule des Parisiens réunis, les familles endimanchées, la dévotion des vieilles dames, les enfants qui passaient sous les jambes, les pigeons engourdis, la danse des hirondelles, les badauds debout sur les fiacres, ni les yeux verts, là, sur le côté, qui ne regardaient que lui.« 

Il est des livres comme des êtres humains : l’immense majorité nous plaît bien, certains nous ennuient, d’autres nous énervent. Quelques-uns – rares heureusement – nous laissent parfaitement indifférents et nous serions bien en peine de nous rappeler quoique ce soit à leur sujet. D’autres enfin – tout aussi rares – nous marquent profondément. La rencontre avec eux tient du coup de foudre et nous savons à la minute où nous les rencontrons qu’ils nous accompagneront toute notre vie. Lire la suite