Vango – Timothée de Fombelle

Mots-clés

, , , , , , , ,

Fombelle » Paris, avril 1934. Quarante hommes en blanc étaient couchés sur le pavé. On croyait voir un champ de neige. Les hirondelles frôlaient les corps en sifflant. Ils étaient des milliers à regarder ce spectacle. Notre-Dame de Paris étendait son ombre sur la foule assemblée. Soudain, tout autour, la ville parut se recueillir. Vango avait le front contre la pierre. Il écoutait sa propre respiration. Il pensait à la vie qui l’avait conduit ici. Pour une fois, il n’avait pas peur. Il pensait à la mer, au vent salé, à quelques voix, quelques visages, aux larmes chaudes de celle qui l’avait élevé. La pluie tombait maintenant sur le parvis mais Vango n’en savait rien. Allongé par terre au milieu de ses compagnons, il ne regardait pas fleurir l’un après l’autre les parapluies. Vango ne voyait pas la foule des Parisiens réunis, les familles endimanchées, la dévotion des vieilles dames, les enfants qui passaient sous les jambes, les pigeons engourdis, la danse des hirondelles, les badauds debout sur les fiacres, ni les yeux verts, là, sur le côté, qui ne regardaient que lui.« 

Il est des livres comme des êtres humains : l’immense majorité nous plaît bien, certains nous ennuient, d’autres nous énervent. Quelques-uns – rares heureusement – nous laissent parfaitement indifférents et nous serions bien en peine de nous rappeler quoique ce soit à leur sujet. D’autres enfin – tout aussi rares – nous marquent profondément. La rencontre avec eux tient du coup de foudre et nous savons à la minute où nous les rencontrons qu’ils nous accompagneront toute notre vie.

Vango, de Timothée de Fombelle, est de ces pépites rares : roman historique se déroulant dans les années 1930 entre la France, l’Allemagne, l’Ecosse et les îles Éoliennes ; roman d’aventures qui voit le jeune Vango, orphelin au passé mystérieux, traqué à travers l’Europe par une bande de malfrats russes et leur puissant chef ; roman initiatique enfin, dans lequel Vango va devoir rechercher son identité et son passé sur fond de pacifisme et de montée des nationalismes.

« Pourquoi avait-il fui, le matin même, à Notre Dame ? Pourquoi s’était-il enfui s’il n’avait rien à se reprocher ? En faisant cela il s’accusait lui-même. Mais Vango ne pouvait échapper à cette force surhumaine qui le poussait à se méfier de tout, à se sentir la cible de toute sorte d’ennemi. »

Porté par le souffle et la verve de l’auteur, le lecteur entre dans le livre pour ne plus le lâcher et passe de pages en pages du rire à l’admiration, de l’inquiétude au soulagement, tout à fait conscient du fait qu’il faudrait revenir à la vraie vie et pourtant incapable de quitter Vango.

Timothée de Fombelle a confié au sujet de son roman : « J’ai mis dans ce roman tout ce qui compte pour moi : le souffle de l’aventure, la fragilité, la cruauté, la beauté des existences. Je voulais une saga qui emporte le lecteur, mais qui laisse chez lui des traces. »

Mission réussie.

Bonne lecture !

Anne Souris

Chronique parue dans Neuilly Magazine n°19 du mois de mars 2018.

Publicités

A Sainte-Beuve – Alfred de Musset

Mots-clés

, , , , ,

Ami, tu l’as bien dit : en nous, tant que nous sommes,
Il existe souvent une certaine fleur
Qui s’en va dans la vie et s’effeuille du cœur.
« Il existe, en un mot, chez les trois quarts des hommes,
Un poète mort jeune à qui l’homme survit. »
Tu l’as bien dit, ami, mais tu l’as trop bien dit.

CHT162736

Lire la suite

Enivrez-vous – Charles Baudelaire

Mots-clés

, , , , , ,

magritteIl faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous! Lire la suite

Bonjour mon coeur – Pierre de Ronsard

Mots-clés

, , , , ,

Bonjour mon coeur, bonjour ma douce vie.
Bonjour mon oeil, bonjour ma chère amie,
Hé ! bonjour ma toute belle,
Ma mignardise, bonjour,
Mes délices, mon amour,
Mon doux printemps, ma douce fleur nouvelle,
Mon doux plaisir, ma douce colombelle,
Mon passereau, ma gente tourterelle,
Bonjour, ma douce rebelle.ronsard Lire la suite

Fantaisie – Gérard de Nerval

Mots-clés

, , , ,

Il est un air pour qui je donnerais

Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,

Un air très-vieux, languissant et funèbre,

Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l’entendre,

De deux cents ans mon âme rajeunit : Lire la suite

O mon Dieu, vous m’avez blessé d’amour – Paul Verlaine

Mots-clés

, , , , ,

en-priecc80res.jpg

O mon Dieu, vous m’avez blessé d’amour
Et la blessure est encore vibrante,
O mon Dieu, vous m’avez blessé d’amour.

Voici mon sang que je n’ai pas versé,
Voici ma chair indigne de souffrance,
Voici mon sang que je n’ai pas versé.

Voici mon coeur qui n’a battu qu’en vain
Pour palpiter aux ronces du Calvaire,
Voici mon coeur qui n’a battu qu’en vain. Lire la suite